« L’engagement sociétal et l’esprit de développement sont concordants» (Eric Cohen, Président de Keyrus)

Eric Cohen, fondateur et PDG du groupe Keyrus, est à la tête d’une entreprise, introduite en Bourse en 2000, qui s’est illustrée parmi les plus innovantes et performantes des sociétés de services en informatique de France. Il a souhaité lancer, il y a moins d’un an, la Fondation Keyrus, orientée vers la promotion de l’esprit d’entreprise, la promotion de la science et de l’éducation, l’accès à la culture et à l’art. Entretien avec cet acteur d’entreprise, au rayonnement international, sur l’importance qu’a pris l’engagement sociétal de l’entreprise.

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La Revue Civique : quelle vision avez-vous du lien entre l’entreprise et l’intérêt général, à l’heure où se prépare un projet de loi qui vise à revoir la définition même de l’entreprise, pour qu’elle y intègre la prise en considération des engagements sociaux et environnementaux ?

Eric COHEN : Avec mes collaborateurs, j’agis, en tant que chef d’entreprise, dans un vaste écosystème et j’ai bien conscience, au-delà du rôle économique de mon entreprise, des enjeux globaux qui nous concernent, qu’il s’agisse de la protection de la planète ou des responsabilités sociétales qui sont les nôtres.

Pour nous, société de conseil en informatique, nous accompagnons de grandes entreprises pour leur garantir une transformation digitale de qualité, nous devons être acteur responsable de cet écosystème et favoriser un certain nombre d’actions, individuelles ou collectives, pour ce qu’on peut appeler « le bien commun », de la planète et de la société. On s’aperçoit que du côté des investisseurs et pour l’avenir, il y a bien sûr des indicateurs de performance économique à prendre en compte mais aussi des indicateurs permettant d’évaluer les impacts positifs, environnementaux et sociaux, des investissements en question. Le sujet est d’actualité, beaucoup de dirigeants s’expriment sur ce sujet mais, chez Keyrus, cela fait maintenant une petite dizaine d’années que nous agissons, concrètement, en faveur d’action de responsabilité sociétale. Cela fait partie intégrante de notre action. En 2011, nous avons adhéré au Pacte mondial des Nations Unies et notre démarche a toujours été d’inclure nos collaborateurs et collaboratrices dans cette perspective. Nous avons fixé un certain nombre de valeurs, éthiques notamment, qui orientent nos activités, en France et dans le reste du monde. Notamment en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme, de l’environnement ou la lutte contre la corruption.

« Une fondation pour encore mieux

 impliquer nos collaborateurs »

Et vous vous êtes engagés, depuis longtemps, en faveur de la diversité dans l’entreprise aussi…

Oui, en matière de diversité, c’est vrai que nous nous sommes engagés depuis plusieurs années, dans des actions de promotion de l’égalité des chances, qu’il s’agisse de l’égalité femmes-hommes, du handicap, de prévention de tous types de discriminations. Nous avons d’ailleurs participé à la création de l’AFMD* il y 10 ans et réuni un certain nombre de dirigeants d’entreprises, beaucoup de DRH, pour créer des ateliers d’échanges sur cet enjeu de la Diversité, qui peuvent apporter énormément à l’entreprise et en son sein, dans une vision à long terme.

Et vous avez souhaité créer, l’année dernière, une fondation. Pourquoi ?

A la fois pour donner un cadre à certains de nos engagements et pour encore mieux impliquer nos collaborateurs dans ces actions, leur donner une perspective. Nous commençons par une série d’actions en France mais nous comptons, dans un relatif court terme, déployer nos engagements en ce domaine à l’international. Sachant qu’en tant que société de conseil nous accompagnons déjà de grandes ONG américaines sur plusieurs  projets. Dans le domaine de la santé et des hôpitaux par exemple, nous mettons notre savoir faire dans le domaine de la Data au service de ces acteurs de la Santé ou d’ONG, comme « Good Will » aux Etats-Unis, pour les aider à être plus performants grâce à la data science.

Premier axe d’actions pour votre fondation : la promotion de l’esprit d’entreprise, chez les jeunes en particulier. Pourquoi ?

Pour moi, il a paru évident qu’il faille aider les associations engagées dans la promotion de l’entreprenariat, notamment vers les publics jeunes, le public féminin aussi, et favoriser leur accès aux métiers du numérique.

En France, les mentalités évoluent, depuis quelques années, notamment avec l’arrivée de nouvelles technologies. Des organisations ont vu le jour et ont joué un rôle positif, comme French Tech ou France Digitale. Nous accompagnons une association comme Enactus, qui promeut l’esprit d’entreprendre. Et chez les jeunes, de plus en plus s’engagent dans des projets d’entreprise. Ils savent qu’il y a une part de risques mais aussi qu’on ne peut plus, en France, se croire dans une société du « tout sécurité ». La mondialisation est là, la France et les Français ont des atouts, les plus jeunes en sont bien conscients.

« Insuffler davantage encore

l’esprit d’initiative à l’école »

L’esprit d’initiative, une vertu à développer à l’école. « Chez les jeunes, de plus en plus s’engagent dans des projets d’entreprise », observe Eric Cohen.

Dans le monde éducatif en France, cette évolution là, positive concernant l’esprit d’entreprendre, n’est-elle pas trop limitée ou lente ?

Il y a des évolutions mais elles peuvent en effet paraître trop lentes. Des associations œuvrent au sein du monde éducatif et en collaboration avec lui. Mais la marge de progression est encore très forte en France, en comparaison avec ce qui se fait, depuis longtemps par exemple aux Etats-Unis, où dès le primaire, on apprend aux élèves à prendre la parole et à définir un projet d’entreprise au sens le plus large (pouvant être associatif). En France, cet esprit d’initiative devrait être insufflé davantage dès le plus jeune âge.

Promouvoir la science et l’éducation, est le deuxième axe de votre fondation.

Oui, la culture scientifique est au cœur de nos métiers et de nos parcours chez Keyrus, nous avons beaucoup de scientifiques et d’ingénieurs, la promotion de cette culture là nous paraît donc naturelle, et utile pour toute la société. Dans le domaine de la Data, notre domaine d’expertise , nous avons été précurseurs, en ouvrant la première chaire en Data Science, en 2014, à l’Ecole Polytechnique, avec deux grands groupes (Thalès et Orange). A partir de notre expérience, nous avons à cœur de transmettre le goût de la science aux jeunes, et également de contribuer à ouvrir davantage les métiers de la science aux femmes. Dans notre secteur, des services informatiques et des logiciels, il y a encore beaucoup de progrès à faire en matière de féminisation. Et cela passe, en ce domaine encore, par l’éducation. L’implication de nos collaborateurs, auprès d’associations qui agissent en ce sens, est importante et nous avons un rôle, naturel, à jouer.

« Nous allons élargir les actions

de notre fondation à l’international »

Troisième axe de votre fondation, l’accès à la culture, à l’art… Quel est le sens de votre démarche en ce domaine ?

Je pense que l’art et la culture sont, naturellement, des vecteurs de créativité importants à promouvoir. Cela rejoint l’esprit d’initiative, qui nous est cher. Il n’y a pas d’opposition, bien au contraire, il s’agit de complémentarité : l’épanouissement personnel et professionnel vont de pair et le numérique a un rôle, aussi, dans le domaine culturel, le numérique sert la créativité.

Pour chacun des axes de notre fondation, nous commençons par un appel à projet interne, chez Keyrus, car nos collaborateurs sont parfois impliqués, directement ou indirectement dans le secteur associatif. C’est par ce biais que nous agissons, en tout cas en premier lieu. C’est le cas, par exemple, pour « Les tréteaux blancs », école de théâtre pour les 8-15 ans, qui organisent des comédies musicales destinées à être jouées dans les hôpitaux, pour les enfants malades ou accidentés. Nous intervenons en soutien à des associations, là où nous estimons que nous avons une utilité particulière, une valeur ajoutée d’engagement sociétal à apporter.

Ce que nous apprécions, ce sont les échanges avec ces associations ou acteurs culturels, nous sommes dans une logique de co-construction, très positive et enrichissante pour les deux parties qui se découvrent, agissent ensemble dans un domaine particulier, que nous estimons réciproquement utile. De ces rencontres naissent de belles opportunités, sources d’inspiration et d’initiatives.

Notre fondation est toute jeune, elle n’en est qu’à sa première année. Elle va prendre, progressivement, de l’ampleur. Nous allons élargir ses actions à l’international. Nous sommes par exemple sur un projet artistique, qui aura lieu entre la France et le Brésil, porté par de jeunes artistes de « street art », à la fois Français et Brésiliens. Ces derniers, qui sont très moteurs en matière d’entrepreunariat social, nous encouragent de leur dynamisme en ce domaine. Chez Keyrus, nous nous employons à appuyer cet élan, qui complète notre implication, économique, dans ce pays. De quoi faire en sorte qu’engagement sociétal et esprit de développement soient concordants.

Propos recueillis par Jean-Philippe MOINET

*AFMD : Association Française des Managers de la Diversité, http://www.afmd.fr

Le site de la Fondation Keyrus

Les trois axes de la Fondation Keyrus : promouvoir l’esprit d’entreprise, promouvoir la science, favoriser l’accès à la Culture.

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