Xavier Michelin : « faire mouvement », un sens très actuel

Xavier Michelin

Président d’une structure originale, l’Union nationale des MFR (Maisons Familiales Rurales), qui sont 400 en France à réunir des jeunes dans des cycles de formations en alternance dans divers métiers, Xavier Michelin explique ici comment, avec les 70 000 familles qu’il représente, il « fait mouvement » dans un domaine, la formation des jeunes « qui en a particulièrement besoin dans notre pays ». Ce mouvement « porte une certaine vision, ouverte et humaniste, de la société », et conduit « à regarder l’avenir avec optimisme, malgré toutes les crises ». Dans un milieu rural ouvert et dynamique, ce mouvement associatif invite à la participation les parents et les acteurs concernés, agit avec efficacité pour l’intégration des jeunes dans l’espace économique, social et civique. Convaincu qu’une éducation bien conçue sera, demain, « la principale source du développement économique, social et humain de notre pays ».

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Les « rencontres de la vie associative » que nous avons organisées tracent une belle perspective pour notre mouvement et l’idée que nous nous faisons de l’engagement associatif.
Elles ont été un point d’étape dans un contexte qui nous incite encore plus à « agir ensemble ». Après avoir travaillé, l’année précédente, sur le thème « Ensemble pour la jeunesse et les territoires » – l’essentiel étant bien sûr de faire lien, en association, pour la jeunesse, le développement de nos territoires, en relation étroite avec le monde professionnel – notre cheminement est une route qui s’élargit : nous cheminons pour passer du « faire association » à une autre dimension : « faire mouvement ».
Ce cheminement progressif prend la forme de réflexions, d’échanges, de rencontres, de confrontations… qui font évoluer, font découvrir de nouveaux horizons aussi. Dans et avec notre mouvement « MFR » (Maisons Familiales Rurales), nous faisons mouvement, pour renouveler notre projet commun et affirmer nos ambitions, dans un domaine, la formation des jeunes, qui en a particulièrement besoin dans notre pays.

Non pas s’adapter, mais être en avance

Ce projet porte une certaine vision, ouverte et humaniste, de la société, et nous amène à regarder l’avenir avec optimisme, malgré toutes les crises et les difficultés. Car, avec « nos familles », nous croyons en l’avenir des jeunes placés en situation de réussite dans les formations en alternance, que nous avons pu expérimenter et éprouver sur tout le territoire.
Notre projet qui « fait mouvement » est aussi une réponse apportée à des enjeux sociétaux et à des défis que l’on a identifiés. Il correspond à un projet de parents qui veulent agir, ensemble, parce qu’il s’agit de contribuer à l’avenir de leurs jeunes, parce qu’ils veulent s’associer à d’autres pour assurer l’intégration des jeunes dans l’espace économique et social qui nous entoure, et parce qu’ils pensent qu’une éducation bien conçue sera demain la principale source du développement économique, social et humain de notre pays.
Les défis et les enjeux que nous avons relevés, avec tous les responsables de notre mouvement, « forces vives » irremplaçables, correspondent à plusieurs préoccupations. Voici quelques-uns de ces défis majeurs.
Le premier défi est celui de l’innovation pour dépasser la simple « adaptation aux changements » de notre société. L’innovation c’est aller plus loin, ce n’est pas seulement « s’adapter », c’est avoir cette attitude proactive qui permet aux Maisons Familiales Rurales, par exemple, d’avoir une longueur d’avance. Voilà le défi : non pas s’adapter dans la contrainte, mais être en avance et ainsi entraîner. C’est plus qu’une nuance, c’est une vraie différence. En matière éducative, et associative, c’est être en veille permanente pour saisir les opportunités, anticiper les besoins des familles, des entreprises, des métiers…
Le deuxième défi est celui de la pertinence et de la bonne adéquation des réponses que nous proposons aux aspirations des jeunes et des territoires. En matière de formation professionnelle, c’est bien sûr détecter des formations nouvelles et performantes, savoir aussi se démarquer dans les territoires, apporter une réponse rapide aux professions, c’est là encore anticiper l’évolution des filières professionnelles, se diversifier « sans se dissiper » et, thème qui est revenu régulièrement dans nos réflexions, travailler « encore plus en réseau ».
Le défi de la pérennité et de l’équilibre. Il s’agit ici de l’enjeu du financement de notre contribution au service public de l’éducation et de la formation, dans un contexte de volonté réaffirmée de la Nation de développer l’alternance. Nous, MFR, nous savons depuis longtemps qu’il s’agit d’une réelle voie d’excellence. Il n’en demeure pas moins que les notions d’hébergement en milieu rural, que la mobilité, que l’accès au numérique haut débit, sont des dossiers à appréhender spécifiquement.
La mobilité et l’éducation sont des thèmes d’ouverture importants pour notre mouvement. La présence d’une quinzaine de délégations internationales, à Montpellier, lors de nos « rencontres associatives », m’invite à le souligner. Nos jeunes ont la possibilité d’avoir, au sein de leurs parcours de vie en MFR, une belle expérience de mobilité européenne. Et nous allons, c’est un axe de notre projet, profiter davantage encore du fabuleux réseau des MFR dans le monde. C’est une façon d’envisager l’avenir d’une manière nouvelle pour nos jeunes.

En ruralité vivent des lieux de réussite

Le défi de la reconnaissance et de la communication Nous ne pouvons naturellement pas « faire association » et « mouvement », pour nous-mêmes seulement, dans un entre-soi aussi confortable que réconfortant. Notre défi est aussi de nous faire connaître et reconnaître. En tant que lieu de réussite éducative, en tant que lieu de vie civique et sociale, au sens large, pour les jeunes.
Pour les territoires, nous sommes aussi des acteurs de responsabilité et de progrès, par exemple pour l’emploi. Il faut davantage le faire savoir, le faire connaître, montrer que la ruralité au XXIe siècle en France (comme ailleurs), ce ne sont pas des zones de retraites pour suractifs urbains ou « bobos » fatigués, mais des lieux de réussites – éducatives, économiques, sociales et culturelles – pour les métiers de demain.
Le « savoir-faire » MFR a donc vocation aussi à intégrer un « faire savoir », que notre mouvement va également porter, vers des publics qui sont encore trop peu nombreux à penser que ruralité – ou zones « rurbaines », mi-rurales, mi-urbaines – rime avec efficacité et dynamisme, ouverture et créativité, attractivité et employabilité. Ce qui est pourtant le cas.
Nous avons cette intention : sortir de nos murs ! Nous irons encore plus nous impliquer dans les territoires, aller à la rencontre des secteurs professionnels, des lieux de décisions, là où se construisent aussi les représentations collectives, dans les milieux universitaires par exemple et les médias. Nous avons tant de choses à montrer, tout simplement, à partir de nos expériences concrètes et vivantes, sur ces réalités de notre pays et de notre jeunesse, que nous portons.

La question de l’identité nous est posée aussi, à nous, en tant que mouvement associatif. Bien sûr, nous devons non seulement être conscients de notre identité, de nos valeurs – comme celle de « l’esprit de famille », qui facilite tant de réussites éducatives – mais nous devons les cultiver. Nous travaillons aussi sur l’affirmation d’une singularité, celle de notre démarche de formation en alternance. Nous afficherons et ferons même la promotion de cette singularité.
La force de notre mouvement organisé en réseau est que son projet est le fruit de la participation de chacun des acteurs agissant localement, le fruit de la contribution de chacune de nos associations, enracinées dans un territoire. L’engagement associatif d’avenir c’est aussi laisser le temps à l’expression, aux échanges, temps qui précède et renforce le temps de l’écriture du projet, puis le temps de sa mise en oeuvre.
Cet engagement associatif a ainsi un grand sens, une valeur civique et sociale, aujourd’hui, en des temps où on nous parle trop souvent d’individualismes, de repli sur soi, de crispations identitaires en tous genres. Pourles jeunes et les moins jeunes, l’engagement associatif, c’est tout le contraire. C’est redonner une dimension, concrète, tangible, à « l’agir ensemble », y compris en des temps où la cohésion sociale n’est plus du tout une évidence. En cela, notre projet partagé autour d’une vision de l’éducation, est porteur de sens au-delà même du secteur dans lequel nous nous situons.

Ouverture à l’autre, et au monde

Nous l’avions écrit dans notre « Manifeste des MFR », nous sommes convaincus que « demain sera plus humain » et que chacun pourra accéder à sa dignité de femme et d’homme si la société sait proposer une éducation, sans cesse renouvelée, qui bouscule les certitudes, qui sache innover et qui soit, finalement, l’affaire de tous.
Nous voyons nos jeunes construire des trajectoires de vie qui unissent professionnalisation avec l’ouverture à l’autre et l’ouverture au monde. Nous les accompagnons dans ces trajectoires de vie, où l’éducation et l’ouverture seront le socle de leur inclusion sociale. Au-delà des contraintes, que tout le monde connaît, nous élaborons un projet collectif qui s’oppose à la grisaille du temps, qui nous donne la force de l’affirmer encore plus et de convaincre les décideurs publics, ou alors peut-être de se passer (un peu) d’eux, en agissant concrètement pour les jeunes avec tous les partenaires disponibles.
Acteurs de la société civile réunis en « mouvement », nous nous engageons, chaque jour, pour trouver des solutions en ces temps difficiles de crise, où l’innovation devient d’autant plus impérative. Une expérience que nous offrons en partage.

Xavier MICHELIN,
Président de l’Union nationale MFR

Le site de l’Union Nationale Maisons Familiales Rurales

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