Tout ça pour en arriver là ?! Donald Trump a paradé au château de Versailles en prétendu « victorieux » d’un conflit, brandissant un accord laborieusement trouvé avec le régime iranien qu’il voulait renverser ! Factuellement, au-delà du decorum, il s’agit d’une défaite maquillée en victoire après des semaines de guerre, après des mois de déstabilisation du golfe arabo-persique, après des mois de crise pétrolière et financière mondiale, après des mois de négociations douteuses avec le régime tyrannique qui était militairement ciblé par les opérations américano-israéliennes lancées fin février… un régime qui se voit reconnu et conforté.
Sur le plan géopolitique et militaire, le monde a ainsi assisté à une forme aboutie d’amateurisme qui a montré non seulement ses limites mais ses effets nocifs. Le président américain, dont le sens de l’avenir ne semble pas dépasser 24 heures et l’impulsivité de ses posts sur X, a placé le monde entier – et accessoirement son propre pays – dans de grandes difficultés économiques, sans avoir anticipé la réplique possible du régime iranien, certes affaibli militairement mais qui a simplement joué de sa situation géographique en bloquant à sa porte le trafic maritime dans l’une des zones les plus stratégiques de la planète. Trump n’y avait pas pensé !
Le régime tyrannique de Téhéran est, de fait, renforcé et même financé !
Désormais, contraint par le poids du réel (qui n’a pas échappé à son opinion publique), Trump surjoue « l’homme de paix » en pactisant avec l’ennemi juré d’hier, il croit sans doute pouvoir passer à autre chose, aux séquences de télé-irréalité dont il abuse, instrumentalisant par exemple la coupe du monde de football. Même si le G7 a brillé dans l’art de la diplomatie (heureusement au bénéfice de l’Ukraine, toujours agressé par le régime de Moscou), ce sommet a affiché un « tout-le-monde-il-est-content », mais tout le monde n’a pas la mémoire courte. Même si les nationaux-populistes, on le sait, s’appuient sur le show pour tenter d’exploiter une tendance contemporaine à l’amnésie collective.

Les citoyens, y compris aux Etats-Unis, après une courte période d’illusion orchestrée autour du fameux « MAGA » (« Make America Great Again »), constatent que l’administration Trump n’a non seulement pas atteint ses objectifs concernant l’Iran mais qu’elle a de fait renforcé la zone d’influence, économique et diplomatique, du régime des Mollahs qui peut encore plus tyranniser son peuple en toute impunité. Mieux – ou pire -, ce régime bénéficie d’un accord qui pourrait lui permettre de bénéficier d’un droit de péage sur le détroit d’Ormuz et dans lequel la première puissance du monde promet une aide de 300 milliards de dollars pour « la reconstruction » d’infrastructures détruites par la guerre décidée par le signataire ! Quant aux sanctions des démocraties occidentales qui touchaient depuis 10 ans le régime iranien, elles sont passées, dans l’accord Trump, aux oubliettes.
Avec Trump, les affaires restent les affaires. En ce domaine, c’est l’un des aspects les plus effarants, on peut lui reconnaître une certaine constance. Dans le rapport de forces, et dans son grand repli, cela ne le gêne pas outre mesure de céder énormément de choses à l’Iran et aux alliés traditionnels de cette théocratie islamiste que sont les dictatures chinoises et russes. America Great Again ? On peut vraiment douter. Quant au peuple iranien et la défense de ses droits fondamentaux, l’accord a et aura durablement un goût très amer.
Jean-Philippe MOINET, auteur, chroniqueur, fondateur de la Revue Civique
(18/06/2026)










