Violences (du 17 octobre) et démocratie : ce que l’Histoire nous apprend. Par Maxime Bigot, du Lab’ de la République

La Revue Civique amorce un cycle de publications issues de nos partenaires, ici le think tank le Laboratoire de la République. Sur le sujet clé de la place de la violence dans notre démocratie, le Directeur des études de ce dynamique think tank, Maxime Bigot, nous transmet son analyse, fine et argumentée. La voici.

Les violences du 17 octobre dernier ont suscité une indignation légitime. Bâtiments publics attaqués, commerces dégradés, affrontements avec les forces de l’ordre : ces images interrogent sur la place de la violence dans notre démocratie. Pourtant, aussi spectaculaires soient-ils, ces événements ne constituent pas une rupture inédite dans notre histoire politique.
Des émeutes du 6 février 1934 aux affrontements de Mai 68, jusqu’aux mobilisations contre la loi Travail en 2016 sans oublier les Gilets jaunes, la France a régulièrement été traversée par des épisodes de violence contestataire. L’histoire nous rappelle ainsi que la violence politique n’est pas un phénomène nouveau mais qu’elle prend aujourd’hui des formes qui méritent une attention particulière.


La violence politique n’est pas nouvelle, sa mise en scène a changé (…) cette mécanique est parfaitement intégrée par certains groupes radicaux qui font de l’affrontement un instrument de communication politique


Ce qui distingue notre époque tient moins à l’existence de la violence qu’à sa médiatisation. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information en continu, quelques centaines d’individus peuvent imposer leurs images à l’ensemble du pays, éclipsant les revendications de milliers de manifestants pacifiques. Cette mécanique est parfaitement intégrée par certains groupes radicaux qui font de l’affrontement un instrument de communication politique. Il serait toutefois réducteur d’assimiler toutes les formes de radicalité à une même logique. Les violences de l’ultragauche visent principalement les biens et les symboles de l’État, tandis que celles de l’ultradroite ciblent davantage les personnes, notamment en raison de leur origine, de leur religion ou de leurs convictions politiques. 

L’actualité passe, les victimes restent


Au-delà des images spectaculaires, les premières victimes sont souvent celles que l’on oublie une fois l’émotion retombée, quand l’actualité aura repris ses droits, que les caméras seront parties et que les violences (du 17 octobre notamment) auront disparu des gros titres. Pourtant, pour certains, les conséquences se feront sentir pendant des mois, voire des années. Derrière les vitrines brisées et les bâtiments incendiés, il y a des commerçants qui ont parfois perdu le travail d’une vie, des salariés dont l’emploi est menacé, des habitants qui voient leur quotidien bouleversé et des élus locaux confrontés à la destruction de lieux qui incarnent la République. Les policiers et les gendarmes pris pour cibles peuvent, eux aussi, en conserver des séquelles durables. Quand le débat public sera passé à autre chose, ces victimes devront encore reconstruire ce qui a été détruit, matériellement comme humainement.

Condamner les violences ne suffit donc pas : la puissance publique doit les accompagner dans la durée, faciliter leur indemnisation et garantir une réponse judiciaire effective. L’indignation collective ne doit pas s’éteindre au moment où commence, pour les victimes, le plus difficile.

Maxime Bigot est le directeur des études du Laboratoire de la République, fondé par Jean-Michel Blanquer

« La fermeté républicaine ne s’oppose pas aux libertés, elle les garantit ».


Face à ces événements, la réponse ne peut se limiter à une surenchère législative. Les travaux parlementaires menés en 2023 sur l’activisme violent par Éric Poulliat et Jérémie Iordanoff avaient déjà identifié plusieurs difficultés dans l’anticipation des troubles, l’identification des auteurs et la coordination des services. Avant de multiplier les annonces, il importe d’évaluer les dispositifs existants et d’en améliorer l’efficacité. La fermeté de l’État doit également s’accompagner d’une exigence d’exemplarité dans le maintien de l’ordre, condition indispensable à la confiance des citoyens. La commission d’enquête engagée à l’Assemblée nationale devra faire toute la lumière sur les défaillances du 17 octobre, en tirer les enseignements nécessaires et surtout formuler des recommandations concrètes dont la mise en œuvre ne restera pas lettre morte.


L’histoire nous enseigne qu’une démocratie ne se définit pas par l’absence de conflits mais par sa capacité à les résoudre pacifiquement.
Le droit de contester et de défendre des idées, même les plus radicales, constitue une liberté fondamentale dès lors qu’il s’exerce dans le respect de la loi. La radicalité des convictions ne saurait toutefois légitimer la violence des actes. À l’inverse, la nécessaire défense de l’ordre public ne doit jamais conduire à remettre en cause la légitimité de la contestation elle-même. C’est dans cet équilibre entre liberté et responsabilité que réside la force de notre République. Les violences du 17 octobre nous rappellent ainsi une exigence essentielle : une République solide n’est pas celle qui fait taire la
contestation mais celle qui refuse que la violence décide à sa place.


Maxime BIGOT est Directeur des études du Laboratoire de la République. Ancien collaborateur
parlementaire à l’Assemblée nationale, il a notamment travaillé sur les questions d’activisme
violent auprès d’Éric Poulliat dans le cadre de la mission parlementaire consacrée à ce sujet en 2023.

-Le lien vers le think tank Laboratoire de la République