Soutenir davantage l’élan de la société civile européenne. Par Karine Daniel et Michel Derdevet (Maisons de l’Europe)

Nous avons le plaisir de rediffuser ici la tribune co-signée dans Ouest-France par la Présidente de la Fédération des Maisons de l’Europe, Karine Daniel, et le Président de la Maison de l’Europe de Paris, Michel Derdevet – qui préside également le think tank Confrontations Europe -, ils estiment que « l’Europe des citoyens est aujourd’hui la grande oubliée de l’espace public français ». Pour en faire la faire vivre pleinement, ajoutent-ils, les associations et mouvements européens ont un rôle essentiel à jouer, à condition que les soutiens des pouvoirs publics suivent et soient à la hauteur des aspirations de la société civile européenne.

« Depuis les années 50 et l’essor du projet européen, a été construit dans notre pays un « écosystème » d’associations, de laboratoires d’idées, de cercles de réflexion qui tous ont contribué à porter dans le débat public, de manière constructive et parfois critique, les sujets européens.

Cette perspective européenne reste plus que jamais d’actualité. En 2026, il faut penser les politiques publiques à l’échelle de notre continent, en cessant d’opposer inutilement la France à l’Union européenne. Les grands chantiers qui attendent notre pays ces prochaines années, qu’il s’agisse de défense, de santé, ou de lutte contre le réchauffement climatique, ne peuvent plus être envisagés à la seule échelle nationale. Il nous faut prioritairement raisonner en Européens, et faire de notre continent un espace politique où les citoyennes et citoyens se projettent, un continent porteur d’espoir pour la jeunesse.

Mais l’Europe n’est pas qu’un projet venant d’en haut, construit par des politiques impulsées à Paris ou décidées à Bruxelles. L’Union est celle des peuples et des citoyens. Malheureusement, cette Europe des citoyens est aujourd’hui la grande oubliée de l’espace public français. Certes, des avancées majeures pour l’Union ont été portées par nos institutions publiques, mais souvent en négligeant la conviction nécessaire des peuples. Résultat : l’Eurobaromètre 105, publié à la faveur de la dernière Journée de l’Europe, révèle que seuls 38 % des Français font aujourd’hui confiance et ont une image positive de l’Europe (contre 52 % en moyenne européenne), nous classant à l’avant-dernière place des États membres.

« Associations, think tanks et mouvements européens sont financièrement affaiblis, au moment même où les anti-européens déploient dans nos territoire mensonges et contre-vérités »

L’enjeu est donc l’engagement de la société civile, aujourd’hui en grande fragilité dans notre pays, à la différence de celle de peuples qui ont plus récemment rejoint l’Union européenne, et qui apprécient sans doute plus directement les effets concrets et positifs de leur intégration. Dans ce contexte, les think tanks, associations et mouvements européens de notre pays ont un rôle essentiel à jouer. Ils sont les relais naturels entre les décideurs publics et nos concitoyens. Malheureusement, ils sont financièrement affaiblis comme jamais, au moment même où les anti-européens déploient dans nos territoires mensonges et contre-vérités.

Il nous faut donc réagir vite ! Dans cet esprit, pour renforcer le tissu associatif et citoyen européen, il reste un dernier projet de loi de finances à moins d’un an de l’échéance présidentielle, qui pourrait permettre de prendre des mesures de sauvegarde et de modernisation. La création d’un fonds public de soutien, transparent et contrôlé par nos deux Assemblées, proposition portée il y a deux ans par le Sénat de manière transpartisane, viendrait ainsi répondre à ces exigences.

Karine DANIEL et Michel DERDEVET, Présidente de la Fédération Française des Maisons de l’Europe et sénatrice de Loire-Atlantique et Président de la Maison de l’Europe de Paris et de l’association Confrontations Europe

(19/10/2026)