La violence destructrice et nihiliste de l’ultra gauche travaille directement en faveur de la réaction d’extrême droite

« La violence, en s’épanouissant, produit un épi de malheur qui ne fournit qu’une moisson de larmes » (Eschyle ; 525-456 avant Jésus-Christ)

La violence est vieille comme l’humanité – ou l’inhumanité – mais la principale vertu des démocraties est, précisément, de civiliser les oppositions, de pacifier les confrontations. A l’inverse, les autocraties et dictatures font de la répression la règle, excluant les principes même d’oppositions, de contre-pouvoirs et d’alternance.

La France est malade de ses radicalités et de ses violences. Le 17 octobre, le déchaînement des violences urbaines ont manifesté un terrifiant symptôme, tant l’ampleur et les cibles des destructions ont été inédites. Près de 30 000 « casseurs », selon les chiffres officiels, se sont acharnés dans toute la France sur des lieux incarnant le bien public, comme les Mairies, ces cœurs battants de la République. Le spectacle effarant de la Mairie de Limoges ou de l’office de tourisme de Lyon ont illustré par les flammes l’irruption du nihilisme ravageur en France, l’une des nations les plus développées et socialement protégées du monde.

Le dérèglement civique et politique est devenu tel que l’alarme doit être sonnée

Le dérèglement civique et politique est devenu tel que l’alarme peut et doit être sonnée. Il n’est pas acceptable qu’une partie ultra minoritaires mais factieuse de la population organise avec tant de facilités la déstabilisation du pays au profit évident des mouvements les plus réactionnaires, qui se délectent de la situation et, comme les vautours, s’alimentent du chaos. En cela, l’aspiration idéologique, prétendument révolutionnaire, des Black Blocks travaille de fait pour l’accession au pouvoir de l’extrême droite, Marine Le Pen pouvant agiter avec jubilation le spectre d’un pouvoir finissant et impuissant face à un tel désordre.

Bien sûr, ce spectacle de honte pour un grand pays comme le nôtre ne doit pas écarter d’un revers de main une réflexion approfondie sur les méthodes des forces de l’ordre. Certaines dérives ou dérapages montrent que non seulement l’ordre républicain n’a pas été assurée mais que des pratiques inappropriées ont été contre-productives, dans certaines circonstances (par exemple lors de manifestations lycéennes) en matière de rétablissement de l’ordre. Naturellement, il serait naïf de penser que des blocages d’établissements scolaires ou universitaires, intolérables en soi, peuvent être évités par d’aimables discussions. Des forces radicales, en ces lieux de la République aussi, cherchent manifestement les blocages et systématiquement les confrontations. La responsabilité de dirigeants et élus LFI est clairement engagée.

Mais « en face », les forces de l’ordre n’ont pas toujours eu non plus, c’est le moins qu’on puisse dire, le professionnalisme qu’on se doit d’attendre d’un grand pays démocratique. A se demander si des éléments policiers motivés par un engagement (ou un calcul) d’extrême droite n’ont pas délibérément agi pour provoquer un cycle d’escalade et mettre le feu aux poudres. Les enquêtes internes ne permettront certainement pas le dire ainsi mais les études de sciences politiques montrent l’importance du taux de pénétration du vote et sans doute du militantisme RN au sein de la police nationale. L’enjeu d’avenir sera aussi d’assurer l’ancrage républicain de cette grande institution, qui doit rester garante d’un ordre public protecteur, la sécurité publique étant la condition – et non la négation – de la liberté et de la paix civile.

L’alliance objectif des extrêmes est un défi démocratique majeur

On le voit, et c’est le drame auquel doit faire face les citoyens français, l’alliance objective des extrêmes est devenu un enjeu et défi démocratique majeur dont il faut saisir rapidement l’importance dans les débats publics. Dans la mesure où les violences déchaînées entraînent des logiques infernales, qui peuvent porter gravement atteinte à l’équilibre de notre démocratie. Aux acteurs républicains de droite, de gauche et du centre de s’emparer du sujet avec détermination et précision pour éviter d’être eux-mêmes, dans six mois, marginalisés et balayés.

Jean-Philippe MOINET, auteur et chroniqueur, fondateur de la Revue Civique, a été Président de l’Observatoire de l’extrémisme pour une vigilance républicaine.

(19/10/2026)

Des dizaines de lieux incarnant le bien public ont été saccagés et incendiés. Un symptôme d’un grave dérèglement civique et démocratique, qu’il faudra savoir traiter en profondeur.