Céline Asselot (France info): «Les médias se doivent d’être un point de repère»

Plus que jamais, la question de la responsabilité des médias apparaît essentielle. Mais comment caractériser cette notion si complexe et si mouvante ? Comment analyser l’évolution actuelle des médias, en particulier web et radio, et qu’en est-il de l’évolution des contenus des programmes télévisés actuels ? La Revue Civique a interviewé Céline Asselot, spécialiste médias, que l’on retrouve chaque matin sur l’antenne de France Info pour un décryptage de l’actualité des médias.

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La Revue Civique : Selon vous, comment peut-on caractériser la notion de responsabilité des médias ? Selon vous, que revêt-elle de spécifique aujourd’hui,  dans le contexte actuel ?

Céline Asselot : Dans le contexte actuel, plus que jamais, je pense que les médias se doivent d’être un point de repère. Aujourd’hui, vous avez accès à l’information partout, tout le temps, en temps réel. Mais pas toujours à une information fiable, vérifiée, recoupée. Dans un monde où les rumeurs se propagent en quelques heures sur les réseaux sociaux, il est essentiel que les médias deviennent des « labels », synonymes de fiabilité et de rigueur, pour que le public puisse s’y retrouver dans l’immensité des sources d’information accessibles aujourd’hui.

Quels sont les maux dont souffrent les medias aujourd’hui ? L’immédiateté, la spectacularisation et la course à l’audience sont-ils les principaux maux ?

C’est un peu injuste d’accuser les médias de faire une « course à l’audience ». On ne peut pas en vouloir aux journaux, aux chaînes, aux radios de chercher à conquérir le public… Sans public, pas de revenus. Sans public, pas de raison d’être. Mais ce qui est essentiel, c’est que cette conquête du public ne se fasse pas au détriment du sérieux et de la rigueur de l’information. Bien sûr, la concurrence de plus en plus forte entre les médias, l’irruption des réseaux sociaux et des « push » obligent à une course de vitesse qui place parfois les médias dans une situation difficile : il faut informer vite, mais il faut informer bien. Et cet arbitrage n’est pas toujours bien fait, surtout dans les moments où l’actualité s’emballe, comme lors des attentats de ces derniers mois. Cela veut dire aussi que les médias doivent avoir le temps d’enquêter, de vérifier, de recouper les sources. Et cela nécessite des moyens que les rédactions n’ont pas toujours, surtout en ces temps de coupes budgétaires. Et puis, il faut aussi informer en toute indépendance, ce qui est à mon avis une problématique majeure du monde médiatique aujourd’hui. La pression exercée par certains propriétaires de médias sur la ligne éditoriale est l’un des plus grands dangers contre lesquels il faut lutter.

« Le public sait reconnaître la qualité »

Vous avez un regard sur l’ensemble des médias et du « Paf », des documentaires aux divertissements,  en passant par les séries, l’information ou encore « l’infotainment ». On entend souvent dire qu’il y aurait un manque de renouvellement et de créativité, avec un flot de séries policières et d’infos en continu : qu’est ce que vous préconiseriez, en terme de dosage à la télévision, entre ces différents types de programmes pour une télévision plus « qualitative et ambitieuse » ?

Je pense qu’il faut faire confiance au public. Quand France 2 réunit plus de 3.5 millions de téléspectateurs avec un numéro de « Cash investigation » consacré à l’évasion fiscale, et devance TF1 qui proposait un énième divertissement présenté par Arthur, on a la preuve que le public sait reconnaître la qualité des programmes et l’effort d’innovation des chaînes. Bien sûr, ce n’est pas toujours vrai. Les séries policières « de base », les programmes de flux sans grandes ambitions ont effectivement une grande place dans l’offre de télévision. Mais ce qui compte, c’est que le téléspectateur ait un véritable choix. Et je constate un véritable effort des chaînes – notamment du service public – pour tenter des séries plus originales, diffuser des magazines de qualité, proposer des téléfilms qui traitent de sujets difficiles comme la radicalisation des jeunes ou la pédophilie dans l’Eglise. Et on voit que des séries ambitieuses, comme « Baron Noir », ou des documentaires pointus, comme « Jésus et l’islam », savent trouver leur public. Quand les chaînes innovent intelligemment, les téléspectateurs suivent.

« La grande force de la radio »

Vous qui êtes à la radio depuis plusieurs années, quel est votre regard sur l’intégration et les liens entre le media radio et le web : le second dépasse t-il le premier et lui donne-t-il un nouveau souffle ?

C’est le paradoxe de la radio : c’est un média ancien mais aussi très moderne. La radio s’adapte parfaitement à un usage en mobilité, grâce aux appli qui permettent de l’écouter sur un smartphone et aux podcasts qui permettent de se détacher des grilles de programmation. Internet permet d’écouter la radio où on veut, quand on veut. Et c’est la grande force de la radio, qui effectivement a un nouveau souffle grâce à internet et surtout à la généralisation des smartphones. La radio n’est pas dépassée, loin de là. En revanche, il est moins aisé pour les radios de savoir comment évoluer dans le nouveau paysage médiatique et faire face à la concurrence : faut-il filmer la radio ? Coupler une radio et une télévision ? S’appuyer sur la radio pour alimenter un véritable site d’information ? Rapprocher une radio et un journal qui appartiennent à un même groupe ? Lancer des webradio pour diversifier l’offre ? Les stratégies sont très différentes, mais nous sommes sans doute au début d’une ère de changement pour les radios et leurs rédactions.

Propos recueillis par Bruno Cammalleri

Crédit Photo Radio France, Christophe Abramowitz

avril 2016

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