Un front des religions pour lutter contre les intolérances

Lors de la convention nationale du CRIF (Paris, le 16/11/14), Jean-Philippe Moinet, directeur de la Revue Civique, animait une table ronde, en présence du Président du CRIF, Roger Cuckierman, et de l’ancien Président du CRIF, Richard Prasquier, table ronde qui posait la question suivante : « Comment les religions peuvent-elles apaiser les tensions dans notre société ? »

« Le point d’interrogation est en débat » soulignait d’emblée JP Moinet, « Comment mieux vivre ensemble aujourd’hui en France ? Et est-il possible, dans certains quartiers, territoires parfois perdus de la République, de vivre véritablement ensemble ? »

Quatre hauts représentants de religions ont apporté une réponse à cette question d’actualité: le Pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ; le Premier imam de la Grande Mosquée de Paris, le Dr Khaled Larbi; le Grand rabbin Olivier Kaufmann, directeur du séminaire israélite de France ; et le Révérand Olivier Wang Gengh, 6ème président de l’Union Bouddhiste de France.

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Voir la vidéo reprise par Akadem
sur la table ronde et les débats  (site Akadem)

Le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly, a évoqué une double lecture ou traduction du mot religion : « relier », mais aussi « relire » ensemble notre histoire, a-t-il ajouté. Cette deuxième approche aboutissant à « la connaissance de l’autre », à l’action commune pour « faire mémoire », et « engager un travail ensemble ». Pour cela, précise-t-il, il y a trois enjeux : engager « la conversation », et « au-delà de la salutation fraternelle, se laisser inviter »; favoriser « la rencontre » pour « humaniser » la société ; se retrouver autour d’un « projet », qu’il soit social, politique, culturel ou citoyen : pour « faire ensemble, et pas seulement entre acteurs religieux », mais également en lien avec les acteurs sociaux, politiques ou culturels ».

Le 1er imam de la Grande Mosquée de Paris, Khaled Larbi, a affirmé que « les religions ont un mot à dire » à la société, ce mot est « la Paix ». Indiquant que, pour les musulmans de France: « un pays nous unit, c’est la France ». Pour lui, l’Islam, comme les autres religions, a pour idéal « le vivre ensemble », « dans le respect du prochain », et en cela l’islam dit « non à l’extrémisme ». Citant le Coran, qui mentionne dit-il l’exigence de « ne tuer, ni femmes, ni enfants, ni rabbins », le Dr Larbi relève aussi que « des exemples du vivre ensemble existent dans la vie du Prophète » et que ces exemples doivent aussi être présenté en « modèle de tolérance ». Il note aussi l’importance, aujourd’hui en France, de développer les échanges notamment « entre juifs et musulmans », dans la mesure où toutes les religions sont sur « un navire commun ». En cette perspective, il est disposé à participé à une plate-forme de lutte contre les intolérances, pouvant se délocaliser en France, dans les localités ou banlieues où les intolérances et violences sont les plus vives (projet de plateforme présenté lors d’un colloque précédent, organisé par le CRIF: cf rubrique « notre actualité » du site de la Revue Civique).

Le Grand rabbin Olivier Kaufmann, regrettant « l’affaiblissement de la parole politique », évoquant « le sacro-saint principe de Laïcité », estime qu’on peut en appeler aux religieux, notamment pour l’éducation et « l’enseignement du fait religieux ». « Revenir à la notion d’humanité avant tout », c’est « la vocation de toutes les religions », et « la vocation spécifique du judaïsme » ajoute-t-il. Il souligne aussi « l’importance de la place à laisser au doute », pour « considérer l’autre dans sa différence », « se dépouiller de nos certitudes ». Aussi pour « dé-diaboliser la figure du Juif et de la Synagogue », devenu « lieu bunkerisé », provoquant « une tentation de repli identitaire ». Et de conclure sur l’importance du travail à mener sur « la petite enfance », à l’école notamment.

Le Révérend Olivier Wang Gengh est pour sa part parti des « tensions négatives » – l’avidité, la colère, l’ignorance – pour expliquer que l’enjeu est souvent de « mettre en place des mécanismes qui permettent d’interroger les tensions négatives », pour les réduire. Il explique que l’image des bouddhistes « non violents » est infondée, « ils sont des humains aussi violents que les autres » : en fait, en sanskrit précise-t-il, arrêter « les nuisances » c’est arrêter de nuire à soi-même, aux autres, à la planète. « On n’est pas à côté des tensions du monde, on les vit », analyse-t-il, et il faut dire « non aux nuisances virales ». Et de conclure : « l’Amour, ça se communique, activement. Ca ne se déclare pas seulement ».

Écouter la conférence (audio)
Lire l’entretien avec Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la Laïcité
Le projet de plateforme de lutte contre les intolérances

 

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