Notre Observatoire de la Démocratie 2018 : résultats complets sur la perception de la démocratie et les attentes de l’opinion

Vaste enquête, cet Observatoire de la démocratie (édition 2018): une étude d’opinion Viavoice pour La Revue Civique et la Fondation Jean Jaurès, qui s’avère très riche en enseignements pour comprendre la relation des Français, de tous âges et de toutes conditions, avec la démocratie, les institutions (actuelles ou à réformer), leur perception des pratiques politiques et de leur propre rôle, participatif et civique, dans la vie publique. Quatre médias ont été partenaires de cette enquête : France Inter, BFM TV, La Presse Régionale – qui réunit une quarantaine de quotidiens régionaux – et le quotidien national Aujourd’hui en France (illustration ci-dessus, l’article de Myriam Encaoua, du service France). Après l’édition de 2016 (septembre) et celle de 2014 (avril), une vingtaine de questions clés ont été posées en cette édition 2018 (par interviews en ligne, du 22 au 28 décembre 2017, auprès d’un échantillon de 1002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus). 

Voici, en format PDF (39 pages), les résultats complets de l’édition 2018 de l’Observatoire de la démocratie.

Le sentiment que la démocratie fonctionne bien a très nettement progressé

Sur le plan de la démocratie, l’année 2017 n’aura ressemblé à aucune autre : accroissement sans précédent de l’utilisation des outils numériques, multiplication et succès des Primaires au sein des partis, apparition de nouvelles formations politiques et crise majeure des partis traditionnels, remise en cause de clivages séculaires avec, au printemps, à l’élection reine en France, l’élection d’un Président « et de gauche, et de droite » de 39 ans, sans carrière politique majeure derrière lui, et une Assemblée Nationale renouvelée, aux trois quarts !

De tout ceci, l’opinion publique en retient majoritairement un aspect : au cours de cette année 2017, la démocratie a progressé en France selon les Français, voire s’est « régénérée » après plusieurs années de crises économiques et politiques : une majorité (54 %) pense désormais que la démocratie « fonctionne bien ». Ils n’étaient que 36 % en 2016, et 30 % en 2014.

Cette progression très sensible n’est pas circonscrite aux seules catégories de population les mieux intégrées (plus aisés, plus diplômés, etc.) : dans ce ressenti, pas de clivage démocratique entre « peuple » et « élites ». Au contraire, les clivages, d’âges, de catégories sociales et de sensibilités politiques s’estompent par rapport aux résultats mesurés lors de l’étude similaire en 2016.

Ainsi, alors que les plus jeunes citoyens (18-24 ans) étaient à peine 26 % à considérer que la démocratie fonctionnait bien en septembre 2016, ils sont aujourd’hui 61 % à partager cette opinion: un bond de 35 points ! Et si les catégories populaires restent globalement moins satisfaites du fonctionnement de la démocratie que les catégories plus aisées (45 % de satisfaction contre 58 %), ce « clivage social » est nettement moins marqué qu’en 2016, avec une progression de 19 points parmi les catégories populaires (contre 11 points pour les catégories aisées).

Enfin, cette amélioration du « sentiment démocratique » est loin d’être circonscrite à un seul électorat : si 80 % des électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle sont satisfaits du fonctionnement de la démocratie, c’est aussi le cas de 66 % des électeurs de François Fillon, 64 % des électeurs de Benoît Hamon, et même 48 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Finalement, seuls les votants pour Marine Le Pen restent très peu nombreux (31 %) à considérer que la démocratie fonctionne bien en France, symptomatique d’un clivage toujours important entre son électorat et les autres sur les questions démocratiques.

Un clivage gauche-droite qui vole en éclats

48 % des Français considèrent par ailleurs la manière de gouverner de l’exécutif comme une « rupture » par rapport aux précédents quinquennats (contre seulement 36 % une « continuité »). Ils sont surtout 75 % à penser que « faire travailler ensemble élus de gauche et de droite permet de prendre de meilleures décisions pour la France », 60% d’entre eux estimant que « le clivage gauche-droite doit être dépassé car il n’est plus pertinent pour la vie politique française », alors que 21% seulement pensent que « le clivage gauche-droite ne doit pas être dépassé, car il est important pour la vie politique ». La recomposition en cours de la vie politique semble portée par un « effet de souffle de l’opinion, sans doute durable en ce domaine» analyse Jean-Philippe Moinet, le fondateur de la Revue Civique, qui a co-piloté cet Observatoire depuis son origine.

Les enjeux de meilleure représentation ne sont pas moins toujours actuel : les Français sont ainsi que 39 % à se sentir mieux représentés à l’Assemblée nationale, 48 % sont d’un avis contraire. Un renouvellement bienvenu donc, mais jugé encore insuffisant.

Des souhaits de réforme qui évoque aussi une démocratie d’expression et de consultation directe des citoyens

A la demande d’Emmanuel Macron, le pouvoir exécutif a ouvert pour 2018 un chantier de réformes institutionnelles, dont certains aspects  sont très appréciés par l’opinion publique, qu’il s’agisse de la limitation du nombre de parlementaires (79 %) et du nombre de mandats dans le temps (70 %), ou encore l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives (65 %).

Mais les Français interrogés dans notre étude mettent aussi en avant d’autres souhaits, comme exprimer plus directement leurs attentes et leurs voix. Ainsi la possibilité d’ « obliger les élus à débattre d’un sujet ou à étudier une proposition de loi si une pétition a recueilli un nombre très important de signatures » arrive en tête des réformes attendues sur le plan démocratique, avec 77 % des Français jugeant une telle réforme « utile à la démocratie » et même 71 % « importante pour eux-mêmes ».

De tout cela transparaît clairement le désir des Français d’une démocratie plus directe et représentative, où les citoyens s’expriment sans intermédiaire (via le digital notamment), où les fidélités politiques comme les clivages ne sont plus gravées dans le marbre, et où le citoyen peut revenir régulièrement au centre du jeu politique.

 

Merci aux nombreux médias, notamment les suivants, d’avoir repris et diffusé les données de notre enquête :

 

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