2026: Trump, Poutine ou le cynique Yalta des prédateurs. En ligne de mire, les Européens menacés de vassalisation.

Capturer un dictateur pour le soumettre à la Justice, à première vue, voilà un acte de salut public mondial ! La première vue est pourtant trompeuse quand on s’aperçoit que dans l’exposé des motifs, le kidnappeur – D Trump – n’emploie jamais le mot « démocratie » à défendre. Dans son coup de main sur le Venezuela, la (louable) lutte contre le narcotrafic et l’attrait (très financier) des réserves pétrolières sont évoquées pour tenter de justifier le fait que les Etats-Unis « dirigent » un pays étranger souverain. Méthode de voyou pour déloger un voyou.

Cette première est un signe des temps où, sans aucun filtre, les empires s’emploient à élargir leur sphère d’influences en abattant les frontières. Même s’il a déclaré réprouver la chute du dictateur vénézuélien, son allié, V Poutine se voit de fait conforté, son impérialisme d’agression armée est imité: piétiner le droit international et les frontières reconnues est ainsi érigé en normalité par les deux dirigeants, le russe et l’américain. Logique, D Trump a, tout au long de l’année 2025, multiplié les actes de complaisance à l’égard du dictateur russe, allant jusqu’à accueillir le criminel de guerre, tout sourire, sur le sol américain, l’applaudissant devant toutes les caméras sur le tarmac de l’aéroport militaire d’Anchorage, en Alaska. La connivence ne pouvait être plus fortement affichée. C’était en août 2025, les Français et autres Européens étaient en vacances. Assoupis.

Dans son coup d’Etat vénézuélien, Trump a réussi à Caracas ce que Poutine avait tenté mais raté à Kiev en 2022. Le 3 janvier 2026, le président américain a réussi à destituer le dirigeant vénézuélien par son opération kidnapping-éclair alors que le président russe, lui, a manqué sa cible, le président ukrainien Zelensky, dans la guerre d’invasion qui ne devait durer que trois jours. Les deux fauteurs de troubles mondiaux n’ont pas moins en commun un respect mutuel, affiché. Poutine a ciblé une jeune démocratie, qui n’aspire qu’à rejoindre l’Union européenne, alors que Trump a ciblé un faible dictateur pour mieux s’emparer de ses ressources énergétiques. La tentation autoritaire du président américain est manifeste en tous domaines après une seule année de pouvoir et n’a manifestement rien à redire du violent autoritarisme que son homologue russe fait subir à la Russie depuis plus de 25 ans.

Août 2025, Trump reçoit Poutine sur le sol américain. Terrible pacte contre les Européens et leurs libertés.

Dans ce Yalta des prédateurs, le risque d’effacement et de vassalisation de l’Europe apparaît sous une lumière très crue. Les Européens, pris en étau par deux hyperpuissances dictatoriales (la Russie et la Chine) et une hyperpuissance en dérive (les Etats-Unis), sauront-ils faire face, seuls désormais, aux dangers de ces impérialismes qui ne prennent plus de gants ?

Le dirigeant de la première puissance mondiale a d’ailleurs très officiellement ciblé l’Europe toute entière dans le document produit par la Maison Blanche qui définit la stratégie des Etats-Unis: elle désigne l’Union européenne comme un adversaire à combattre. Personne ne pourra donc plus dire qu’il ne savait pas ou que les Européens n’intentaient qu’un procès d’intention au président américain. Qui s’en prend brutalement aussi, dans son pays, à ceux qui ne pensent pas comme lui et qui déclare conditionner le séjour des étrangers sur le territoire américain à l’usage non critique des réseaux sociaux ! La réalité du penchant autoritaire se double d’un narcissisme insensé. Les lois élémentaires de la démocratie américaine sont touchées.

A l’échelle mondiale, de grandes sphères d’influence impériale sont ainsi cyniquement partagées, une sorte de Yalta est entrain de s’établir dans les faits brutaux entre le président américain, le président russe et, peut-être, le président chinois. Trump évoque « la faiblesse » de la Colombie, de Cuba et du Groenland danois, proies potentielles. Dans ce contexte de brutalité débridée et face à la dictature chinois surarmée, la petite Taïwan démocratique a du souci à se faire ! Trump n’oppose aucune résistance à la guerre menée par la Russie en Ukraine, tous les signaux indiquent même qu’il ne bougera pas un petit doigt pour défendre les Européens si Poutine s’en prend par exemple aux Etats baltes, membres de l’Union européenne et de l’OTAN, pays qui se croyaient protégés et pour toujours libérés de l’emprise dictatoriale soviétique de très sinistre mémoire.

Dans ce Yalta des prédateurs, le risque d’effacement et de vassalisation de l’Europe apparaît donc sous une lumière très crue. En 2026, les Européens, clairement pris en étau par deux hyper-puissances dictatoriales (la Russie et la Chine) et une hyper-puissance en dérive (les Etats-Unis), sauront-ils faire face, seuls désormais, aux dangers de ces impérialismes qui ne prennent plus de gants et qui accentuent leurs emprises extérieures pour mieux assurer leur pouvoir autoritaire intérieur ? Les Européens vont-ils prendre la pleine mesure des menaces de l’époque ou, au contraire, se bercer d’illusions, entretenir un aveuglement, volontaire et collectif, et finir par sombrer eux-mêmes dans des choix politiques autoritaires, en alimentant toutes les pulsions populistes et en s’alignant sur les puissances nationalistes et guerrières qui cherchent à dominer le monde ?

Même si le pire n’est jamais sûr en matière (géo)politique, force est de constater que, face aux provocations et à l’agression des règles qui régissaient les relations internationales depuis la Seconde guerre mondiale, les Européens n’ont pas fait la démonstration tangible, ni de leur unité, ni de leur puissance. Or, face à la brutalité et au cynisme croisé des Trump, Poutine et Xi Jinping, la naïveté et les atermoiements, s’ils perdurent, seront tout simplement brutalement sanctionnées sur le continent européen. La protection des Américains n’est plus. L’insouciance qui l’accompagnait non plus. Aux Européens, s’ils ne veulent pas être balayés par les vents mauvais de l’histoire en cours, d’en tirer les conséquences. Le choix des Européens est aussi simple que terrible : défendre leur souveraineté et leurs libertés, ou subir sur son sol le Yalta des prédateurs.

Jean-Philippe MOINET est auteur, chroniqueur, fondateur de la Revue Civique.

(04/01/2026)

Les dirigeants des deux hyperpuissances dictatoriales, la Chine et la Russie, affichent leur proximité (ici en parade militaire chinoise, en 2024, deux ans après la guerre d’invasion lancée par Poutine contre la souveraineté de l’Ukraine).