« Un Orient compliqué » (Plon), ce livre collectif de référence auquel tenait tant Pierre-François Veil

Fruit d’un passionnant travail collectif, soutenu de manière inédite par trois fondations – la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la Fondapol et la Fondation Jean Jaurès -, cet ouvrage de référence vient d’être édité chez Plon : « Un Orient compliqué. Des clés pour mieux comprendre ». Jean-Philippe Moinet, chroniqueur et fondateur de la Revue Civique, qui a été le coordinateur éditorial ce cet ouvrage, rend hommage ici à Pierre-François Veil, qui fut à l’origine de cette salutaire initiative, et aux neuf co-auteurs qui y ont contribué, forts de leurs savoirs, pour éclairer cet « Orient compliqué » et tourmenté.

François Veil, fils de Simone, Président de la fondation pour la mémoire de la Shoah, nous a soudainement quitté, le 6 mai dernier, laissant sous le choc sa famille, son premier cercle de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, et toute l’équipe qui avait contribué, par ce livre collectif, à servir la cause de la vérité historique sur cet « Orient compliqué ». Région du monde, on le sait, souvent l’objet – et victime – d’un flot de confusions, d’approximations, de méconnaissances parfois abyssales, instrumentalisées pour propager de trop fréquentes contre-vérités.

Nous nous étions donc vus de nombreuses fois ces derniers mois et dernières semaines, jusqu’aux derniers jours qui ont précédé la parution de ce livre qui lui doit tout. Car c’est lui, consterné après le 7 octobre par la méconnaissance qui apparaissait (y compris dans les cercles parlementaires) à propos de l’histoire du conflit israélo-palestinien et de ses dimensions géopolitiques, qui a pris l’initiative de lancer d’abord une série d’entretiens audiovisuels, réalisés au printemps 2025, avec une dizaine d’experts, universitaires, historiens, géo-politologues, politologues et sociologues reconnus; puis, ces entretiens vidéos suscitant une belle audience, il a poussé les feux de l’écriture de ce livre collectif, mobilisant ainsi les meilleurs savoirs sur ce sujet devenu d’intense actualité.

Pierre-François, fils de Simone, n’est plus là, alors qu’il avait encore tant à dire, à faire, à transmettre ! Trois semaines avant la parution du livre, il paraissait encore si ardent et déterminé à promouvoir les contenus de ce livre, qui porte à la fois des connaissances précises et incontestables sur cette région, la rationalité et la modération du débat public autour des enjeux de cet « Orient compliqué », mis à mal par le déchaînement, de part et d’autre, de passions aveuglantes, de radicalités diverses, le tout dans une atmosphère dangereuse d’antisémitisme et de racisme, dont les logiques mortelles s’auto-alimentent dangereusement, en France comme ailleurs en Europe et dans le monde.

Nombreux sont ceux et celles qui ont pu, malgré la discrétion de la personnalité de Pierre-François Veil, être impressionnés par ses qualités, l’acuité de son regard sur la chose publique, la force de ses convictions, laïques et républicaines, son humour corrosif et stimulant aussi, son esprit d’ouverture et l’humanisme dont il avait hérité de ses parents. Parents, célèbres panthéonisés, dont nous parlions ensemble quelques jours avant sa mort, à l’issue d’une interview qu’il réalisait chez l’éditeur Plon pour parler du livre. Quelle injustice d’avoir vu paraître le livre alors que Pierre-François disparaissait. Sa présence, si forte et rassembleuse, manque durablement.

Un honneur d’avoir connu Pierre-François Veil, 30 ans après avoir côtoyé Simone et Antoine

Ce fut un honneur pour moi de l’avoir connu, des longues années après avoir bien connu et côtoyé sa mère Simone et son père Antoine, dont je me remémore avec une intensité et une émotion intacte, leur accompagnement et soutien, notamment quand, jeune journaliste, je prenais en « spectateur engagé » l’initiative de créer « L’observatoire de l’extrémisme pour une vigilance républicaine », c’était il y a trente ans… Honneur et fierté aussi d’avoir été choisi pour être le coordinateur éditorial de ce livre qui est et sera de référence, tant il éclaire de ses précisions et de ses analyses toujours documentées cette région tourmentée et la période trouble que nous vivons.

« Un Orient compliqué. Des clés pour mieux comprendre » offre en effet la précieuse convergence des meilleurs savoirs au service de la vérité historique. Les dix chapitres déroulent, dans une grande clarté, les récits les plus informés et les analyses les plus solides sur les réalités israéliennes et palestiniennes d’hier et d’aujourd’hui, réalités en confrontations (guerrières) et imbrications (pacifiques) depuis si longtemps. La cohabitation judéo-arabe, selon les période tragiquement tourmentée ou épisodiquement apaisée, méritait cette mise en lumière actualisée des réalités les plus complexes, permettant de saisir les épisodes contrastés de cette vie commune qui remonte très loin dans le temps, bien avant la création en 1948 de l’Etat d’Israël, qui s’est produite après (et en résultante) de la tragédie de la deuxième guerre mondiale et de la Shoah.

Jean-Philippe Moinet et Pierre-François Veil, en 2024, lors d’un entretien sur l’après #7octobre.

A partir des éléments clés de cette histoire longue et à partir des précieux apports de ce livre, il nous faut donc, individuellement (à notre modeste place) et collectivement (avec détermination), prendre le relais, poursuivre sans relâche ce devoir de transmission qu’incarnait Pierre-François Veil et qui vise à éclairer le réel et non le tordre, dans un monde et une époque où les postures faciles, les désinformations et l’obscurantisme, avec ses divers masques, menacent.

La convergence de neuf auteurs aux précieuses connaissances, toujours précises et documentés

Dans ce sillage, de vifs remerciements vont naturellement aux neuf co-auteurs qui ont su réunir, dans la pluralité des approches et des thèmes, leurs précieuses connaissances : Denis Charbit, professeur de Sciences politiques, sur « Les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et d’Israël »; Eric Danon, diplomate, sur  » Les identités israéliennes et palestiniennes »; Alain Dieckhoff, sociologue, ancien directeur du CERI (centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po Paris), sur « Le sionisme, aux origines de la création de l’Etat d’Israël »; Jean-Claude Lescure, professeur des Universités en histoire contemporaines, sur « De la fin de l’empire ottoman à la fin de la présence européenne dans la région » et sur « Depuis 1948, entre guerres et accords de paix »; Catherine Nicault sur « Jérusalem au coeur de toutes les crispations »; Frédérique Schillo, historienne, sur « Les positions diverses de la France dans la région »; Brice Teinturier, politologue, directeur général délégué d’IPSOS-BVA, sur « Hautes résonnances dans l’opinion publique »; Bruno Tertrais, géo-politologue, sur « Israël, les territoires palestiniens et la communauté internationale de 1948 à nos jours »; Danny Trom, sociologue, sur « Depuis le 7 octobre 2023, un changement de paradigme ».

Oui, merci à tous ces auteurs pour les éclairages et apports précieux qu’ils ont apporté et qui peuvent alimenter le débat et les connaissances publics. Une démarche de salut public ! Et accessoirement un bonheur pour moi d’avoir correspondu à cette diversité d’approches et contribué à cette salutaire convergence.

Jean-Philippe MOINET, auteur, chroniqueur, fondateur de la Revue Civique.

(21/05/2026)

-La présentation publique du livre, organisée en table ronde, à la Fondation Jean Jaurès

-A l’origine du livre, les vidéos « Questions israélo-palestiniennes: clés de compréhension », co-organisées par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

Pierre-François Veil, un inlassable travail de mémoire et de transmission. A prolonger.