Plus d’un mois de bombardements intenses israélo-américains sur l’Iran, une riposte du régime des mollahs qui se poursuit malgré des destructions massives, des milliers de déplacés au sud Liban et des conséquences économiques qui se font sentir de plus en plus dans le monde entier… Le nouvel ordre que Donald Trump prétendait installer au Moyen et au Proche Orient ressemble pour l’instant à un formidable désordre, provoquant par extension, incertitudes et chaos…
Certes, personne ne pleure la mort d’Ali Khamenei et certains se sont même réjouis en Iran et ailleurs d’en être enfin débarrassés. Sous pression israélienne, les Etats-Unis, appuyés sur une force de frappe implacable, ont agi contre un régime honni, massacreur compulsif de son peuple.
« Question cruelle: pourquoi la prétention de Donald Trump à organiser un monde conforme à ses projets, à l’évidence, ne fonctionne pas ? »
Cette intervention militaire de grande ampleur, décidée au mépris du droit international, espérait conduire, aux yeux de ceux qui l’ont imaginée, à une forme de stabilité. Mais, actuellement, c’est l’exact contraire qui s’est produit. Question cruelle : pourquoi cette prétention de Donald Trump à organiser un monde conforme à ses projets , à l’évidence, ne fonctionne pas ?
Sans s’appesantir sur un passé récent, l’ambition de Donald Trump d’arrêter la guerre en Ukraine « en 24 heures » a fini enlisée. Les bombardements russes sur l’Ukraine ne cessent de s’amplifier ; notamment sur les infrastructures énergétiques du pays agressé… Les Ukrainiens connaissent des conditions de vie de plus en plus rudes (les morts, les blessés , la faim, le froid).
Les Iraniens, atterrés, dont beaucoup attendaient de l’intervention extérieure, une solution à la situation dramatique de leur pays, découvrent les conséquences meurtrières des frappes qui touchent non seulement les suppôts du régime, mais l’ensemble de la population.
En fait, l’objectif de Donald Trump est très différent de celui des néoconservateurs qui orientaient la politique américaine sous le mandat de George W. Bush. Il s’agissait alors, dans ces rêves de Grand Moyen Orient, d’installer dans la région la démocratie, les droits de l’Homme et d’y construire un ordre stable. Rien n’est comparable dans l’approche de Donald Trump. Nul désir d’hégémonie et de gouvernance américaine sur les pays visés. Il prétend, certes, y installer la démocratie. Sans se soucier outre mesure du destin des peuples concernés.

Hier, il organisait le chaos au Venezuela, aujourd’hui, c’est en Iran. Ces deux pays ont, au moins en commun, d’être des Etats pétroliers. Demain, il veut faire son affaire du régime cubain, du Groenland, voire du Canada. Il lorgne d’abord sur leurs ressources naturelles, comme il s’est beaucoup intéressé aux terres rares en Ukraine. Donald Trump et ses soutiens programment, çà et là, la domination des Etats-Unis pour pouvoir y faire des affaires au terme d’opérations militaires profondément déstabilisatrices pour ces pays.
« Un flou permanent dans les objectifs des Etats-Unis, par ailleurs différents à l’évidence de ceux d’Israël «
La stabilité, si nécessaire à la paix et à la coopération comme aux rapports respectueux entre pays, ne peut naître dans cette stratégie de vassalisation du monde. C’est d’ailleurs une des raisons qui explique largement l’hostilité actuelle de Donald Trump à la construction européenne qui, après avoir été un formidable débouché économique pour les Etats-Unis, tente désormais de résister à cette entreprise de domination.
Au fond, l’interventionnisme de Donald Trump est guidé par des ambitions centrées sur les intérêts du big business américain. Mais les avancées sont sans cesse freinées par des contradictions internes. La base Maga (make america great again), soutien de Trump, ne voit plus aujourd’hui d’un bon œil des interventions extérieures dispendieuses, des guerres étrangères qui se sont soldées ces dernières décennies, elle s’en souvient, par des échecs retentissants en Afghanistan, puis en Irak. Demain, les choses se gâteraient encore plus sûrement si ces opérations étaient vraiment couteuses en vie humaines.
Dans ce contexte , Donald Trump alterne entre l’affichage d’ambitions démesurées et des coups de freins brutaux, qui traduisent un flou permanent dans les objectifs des Etats-Unis, par ailleurs différents à l’évidence de ceux d’Israël.
Le scenario américain pour l’Iran et l’alternative ne sont pas constitués. Donald Trump ne privilégie toujours pas un retour au pouvoir du fils Palavi, d’autant que de nombreux démocrates iraniens ne veulent « ni du Shah, ni des Mollahs ». Donald Trump a ainsi inventé « la guerre floue » pas moins meurtrière que toutes les autres.
La Fontaine écrivait dans « La montagne accouche d’une souris »:
« Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au maître du tonnerre »
C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ?
Du vent. »
« Il est beaucoup plus facile de détruire par la guerre que de construire par la diplomatie un monde pacifié «
Ce chaos trumpien laisse perplexe. Les plus optimistes veulent croire que les démocrates iraniens, qui ont survécu à la dictature et qui peuplent largement la prison d’Evin, trouveront la force de redresser leur pays. Mais comme l’a rappelé le géo-politologue Bertrand Badie dans Libération : « Depuis 1945, il n’existe aucun pays où la mort d’un tyran a débouché sur un système politique construit, a fortiori démocratique ». Sadam Hussein en Irak, Kadhafi en Libye…
Il est beaucoup plus facile de détruire par la guerre que de construire par la diplomatie un monde pacifié.
François ERNENWEIN, journaliste et chroniqueur (a été rédacteur en chef de La Croix)
(01/04/2026)










