Groenland, taxes, menaces… quand la fermeté européenne et une sidération aux Etats-Unis ont neutralisé le show Trump. Par JP Moinet

Après des semaines de déclarations tonitruantes, d’hostilités provocantes et de menaces impulsives du président américain -qui en est venu à vouloir s’emparer du Groenland, territoire danois, donc placé sous souveraineté d’un Etat-membre de l’Union européenne- Donald Trump a donc reculé tout en plaçant sa reculade, à Davos, sous le brouillard d’un soudain « accord de l’OTAN » et d’un très évasif projet de « Conseil de la paix », sensé régler les problèmes du monde… par la volonté (et gouvernance) personnelle du président américain !

📍 La baudruche Trump s’est donc dégonflée et c’est le principe de réalité qui s’est clairement imposée, rattrapant l’ego trumpiste : le vote du Parlement européen (le 21 janvier) a marqué la volonté européenne de suspendre le processus de ratification de l’accord commercial 2025 Europe-USA, le plan anti-coercition (« bazooka » diplomatique européen) a été mis sur la table du Conseil européen spécial fixé le 22 janvier, une vaste opposition intérieure américaine à l’annexion du Groenland a été aussi mesuré par les sondages (cf illustration ci-dessous) et, last but not least des réalités, la chute brutale des cours boursiers aux Etats-Unis a participé à la cascade d’événements, qui ont contraint l’agité de la Maison Blanche à reculer dans ses velléités (et son mépris) de posséder les autres (les pays, leurs dirigeants, leurs ressources, leurs aspirations démocratiques). Cette grande reculade, D Trump déclarant finalement renoncer à s’emparer du Groenland, s’accorder avec l’OTAN (qu’il a à maintes reprises affaibli dans ses déclarations précédentes) et effacer les méga-taxes qu’il promettait imposer à la France, est pour Donald Trump un aveu d’échec, lourd d’enseignements pour l’avenir.

L’autocratisme déstabilisateur a démontré ses effets pervers, pour les Etats-Unis eux-mêmes, apparus isolés, dangereusement séparés de ses alliés historiques

📍 L’autocratisme déstabilisateur a démontré ses effets pervers, pour les Etats-Unis eux-mêmes, apparus isolés et dangereusement séparés de ses alliés historiques. Aussi, pour les Européens, preuve est faite que, quand ils serrent les rangs et s’opposent avec fermeté aux plans hostiles et aux tentations autoritaires qui les visent, un dialogue redevient alors possible où le respect mutuel a sa place. Pour les acteurs économiques mondiaux, ce qui s’est produit sur les marchés financiers aux Etats-Unis a également reflété la dangereuse spirale de l’échec dans laquelle l’apprenti (sorcier) autocrate Trump s’est lui-même placé, avec sa prétention de guerre commerciale à la fois permanente et brouillonne. L’effet boomerang est redoutable pour Trump, même si celui-ci, par le verbe et de nouvelles diversions médiatiques, use et abuse de l’art de masquer ses reculs et ses faiblesses.

L’impulsivité adolescente et l’improvisation politique sur des enjeux majeurs se sont vues dans le monde entier et riment, in fine, avec une forme d’amateurisme hautement perturbateur et potentiellement destructeur. Dans le monde occidental et démocratique, les enseignements sont clairs et rapidement tirés : ce qui est avant tout demandé est précisément l’inverse des foucades autoritaires incontrôlées et d’une brutalité inconstante et inconsistante, ce qui est privilégié notamment par les Etats-membres de l’Union européenne (mais aussi par d’autres grands pays démocratiques comme le Canada, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud…), c’est la stabilité et la prévisibilité, une gouvernance concertée et la loyauté entre alliés.

➡️ Le décryptage éco de Fanny Guinochet  (France info) « Droits de douane: pour quelles raisons Donald Trump s’est-il dégonflé ? »

📍 Quand ils le réaliseront aussi dans le domaine stratégique, les Européens pourront également constater qu’ils représentent, au-delà d’une vaste zone commerciale forte de ses 450 millions d’habitants, potentiellement la première puissance militaire mondiale: quand les effectifs (des soldats et des réservistes) des 27 Etats membres de l’#UnionEuropéenne sont agrégés, le total européen est même impressionnant de capacités de Défense (cf l’illustration ci-dessus). Sans parler de l’apport humain du Royaume Uni, très solidaire militairement de l’Europe continentale (et de l’Ukraine) comme d’autres pays non européens (comme le Canada, l’Australie ou le Japon). A Paris le 6 janvier, après une année de travail, 35 pays ont d’ailleurs histroiquement convergé pour préciser et garantir un plan de paix et de sécurité durable en Ukraine, le jour où l’agresseur russe consent (ou est contraint) à un cessez-le-feu.

L’enjeu sera à la fois, pour les Européens et les démocraties lucides, d’éviter le risque de vassalisation et de délaisser leur complexe d’infériorité.

↪️ Les Européens ont bien sûr des faiblesses mais aussi de grandes forces. Première zone commerciale et démocratique du monde, l’Europe peut d’autant plus prendre conscience de son rôle et de ses responsabilités, que la période est troublée et que les principes qui s’étaient imposés sur notre continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont ouvertement menacés. Dans les mois et les années qui viennent, l’enjeu sera à la fois, pour les Européens et les démocraties lucides, d’éviter le risque de vassalisation et de délaisser leur complexe d’infériorité.

JPM

(22/01/2026)

Sur le fond comme sur la forme, le show Trump, qui alterne les moqueries et l’agressivité, s’est opposé au style Macron, qui a tenu à combiner la sobriété du ton et la fermeté des principes non négociables, comme le respect de la souveraineté territoriale des Etats. Un point qui, avec la crise du Groenland, a suscité un grande convergence des 27 Etats-membres de l’UE (rejoints par le Royaume-Uni et le Canada notamment).
-L’intervention d’analyse de Jean-Philippe Moinet dans l’émission de RFI (Radio France Internationale) qui questionnait: « la voix d’Emmanuel Macron porte-t-elle encore dans le monde ? » (débat animé par Romain Audouy)