Elu Président il y a 50 ans, Giscard était « la modernité et l’écoute » au pouvoir. Entretien avec Hugues Dewavrin

En mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing, jeune Ministre de l’Economie et des Finances du Général de Gaulle, puis de Georges Pompidou, accédait à la présidence de la République, porté par un puissant désir de rénovation de la vie politique et de modernisation de la société. Président des Jeunes Giscardiens durant le septennat de VGE, Hugues Dewavrin évoque ici pour la Revue Civique l’élan de la campagne électorale de 1974, où les jeunes ont joué un grand rôle, et l’impressionnant mouvement de réformes et de décisions stratégiques, qui ont rapidement modernisé la France et qui ont, dans la vie quotidienne des Français encore aujourd’hui, une grande importance.

-La Revue Civique : Valéry Giscard d’Estaing a été élu Président de la République en mai 1974, il y a 50 ans. Qu’est-ce qui domine, dans vos souvenirs personnels, en ce qui concerne cet événement ?

 -Hugues DEWAVRIN: Valéry Giscard ‘Estaing a été élu il y a cinquante ans. C’était un autre monde. Le pouvoir semblait confisqué par les gaullistes, qui n’avaient  pratiquement tiré aucun enseignement des événements de 1968. Giscard s’est vite imposé comme étant le candidat de la modernité, « le changement dans la continuité ». Cela correspondait très exactement aux aspirations de notre pays et plus particulièrement des jeunes. 

Le parti qui soutenait alors VGE, les Républicains indépendants, était surtout composés d’élus pour ne pas dire des notables. Il n’était pas en mesure de tenir le choc d’une élection présidentielle. Mon souvenir majeur est le véritable arc électrique qui s’est produit, quasi instantanément, entre Giscard et les jeunes. La campagne de 1974 a été facile. Tout marchait. Les permanences faisaient le plein, on était en rupture d’affiches, les meetings débordaient. Giscard avait toujours le mot juste. On marchait sur les eaux. Sans vantardise, je crois que l’enthousiasme et la fraîcheur de notre campagne a été la clé de la victoire. 

Hugues Dewavrin, le 13 mai dernier, témoigne du mandat Giscard à l’esplanade VGE devant le musée d’Orsay à Paris. Ils étaient quatre homologues ex-Présidents des « JG » présents (Philippe Augier, Dominique Bussereau et Patrick Gérard) à cette première commémoration des 50 ans.

« En 1974 avec Giscard, la France a rattrapé en quelques années son retard dans quasiment tous les domaines »

-La Revue Civique : Une cinquantaine de réformes ou décisions stratégiques ont été mises en œuvre pendant le septennat de Giscard. Peut-on dire, même si le mandat de François Mitterrand qui a suivi n’a pas non plus manqué de réformes, que la présidence Giscard a été l’une des plus réformatrices et modernes de la Vème République ? Et quelles réformes ou décisions signées VGE vous semblent avoir été les plus importantes ?

-Hugues DEWAVRIN: En toute objectivité, je crois que l’on peut dire que Giscard a été le Président le plus réformateur de la cinquième République. Mais ce n’est peut-être pas le plus important: à mes yeux, c’est plutôt sa capacité à écouter, puis à expliquer, qui était unique. La France est un pays nerveux, prêt à se cabrer à tout moment. Les réformes majeures et sensibles de son septennat ont été acceptées dans un climat de sérénité rare. 

Ce sont bien évidement les réformes de société qui ont été les plus marquantes : majorité à 18 ans, interruption volontaire de grossesse, divorce par consentement mutuel, condition féminine… Pour préparer notre hommage de ce 13 mai, et sélectionner symboliquement cinquante réformes ou décisions majeures, je me suis replongé dans le dossier. Nous aurions pu en citer deux cents. J’avais moi même oublié  à quel point, tout particulièrement les trois premières années, la France avait rattrapé aussi rapidement son retard en quasiment tous les domaines. Nous étions dans une ornière, Giscard nous en a sorti magistralement. 

« En 1981, Giscard n’a jamais voulu répondre aux calomnies. C’était intellectuellement très élégant mais politiquement assez dévastateur »

-La Revue Civique : Entre les présidences de Georges Pompidou et de François Mitterrand, la présidence Giscard (1974-1981) n’a pas été surinvestie – euphémisme… – par les historiens ou les journalistes. Comment expliquez-vous cette distanciation relative qui a surtout suivi l’immédiat après-1981 et n’assistons-nous pas, actuellement, à un début de réhabilitation, en tout cas de redécouverte, de ces années Giscard ?

-Hugues DEWAVRIN: Oui, c’est vrai, il a fallu beaucoup de temps pour fissurer cette chape de plomb que j’ai toujours trouvée profondément injuste. Excusez la comparaison un peu triviale. Un septennat c’est un peu comme un repas. Il peut être bon mais si le café est infect, c’est le goût et le souvenir que l’on garde. La fin du septennat a été assez infecte en matière de calomnies et de campagne en dessous de la ceinture. J’ai vécu assez mal ces moments. Giscard n’a jamais voulu y répondre : «  Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison ». C’était intellectuellement très élégant, mais politiquement assez dévastateur.

Ensuite la gauche est arrivée au pouvoir, une grande page se tournait et la France a gardé ce mauvais goût. Il a fallu beaucoup de temps pour que l’on commence à revisiter objectivement le bilan de Valéry Giscard d’Estaing. Si mes souvenirs sont bons, c’est Max Gallo qui, le premier, a salué l’œuvre réformatrice de Giscard. Le mouvement  était lancé. Aujourd’hui, ce travail de réhabilitation me semble proche d’aboutir. Le rassemblement des jeunes giscardiens du 13 mai y participe et la fondation VGE entreprend un travail de fond, qui sera très utile pour les générations futures. 

Propos recueillis par Jean-Philippe MOINET

(14/05/2024)

Entouré de ses deux fils, Henri à sa droite, Louis à sa gauche, Mme Anne-Aymone Giscard d’Estaing prend la parole le 13 mai pour livrer une émouvante adresse aux jeunes, appelant de ses voeux leur plus fort engagement dans la vie civique et démocratique du pays.
Louis Giscard d’Estaing, fils de l’ancien Président et Maire de Chamalières, est de ces ex-JG (Jeunes Giscardiens) toujours prêts à mouiller le maillot « Giscard à la barre » pour prolonger activement le message de 1974, celui de la rénovation de notre vie démocratique et de la modernisation de la société et de l’économie française.

-La Fondation Valéry Giscard d’Estaing