Les génocides vus par la jeunesse du monde

De nombreuses commémorations auront lieu cette année, mais qu’en est-il de la mémoire du XXème siècle? Plus particulièrement auprès des jeunes d’aujourd’hui. Que retiennent-ils des grands événements qui ont fait le siècle dernier? La Fondation pour l’Innovation politique (Fondapol) et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ont souhaité répondre à ces interrogations dans une grande enquête intitulée « Mémoires à venir »*, présentée le 21 janvier 2015 par le directeur de la Fondapol, Dominique Reynié.

Dominique Reynié, directeur de la Fondapol - ©Fondation pour l’innovation politique et Fondation pour la Mémoire de la Shoah – Mémoires à venir – 21 janvier 2015

Un sondage mondial, réalisé auprès de 31172 jeunes de 16 à 29 ans, en 24 langues et dans 31 pays différents.

Les 33 questions envoyées auprès de jeunes allemands, italiens, russes, turcs ukrainiens ou chinois ont permis de mettre en évidence des réalités précieuses concernant l’apprentissage de l’Histoire de notre monde.

Notamment en ce qui concerne les génocides et leur reconnaissance en tant que tels, les trois massacres de masse les plus cités dans cette enquête étant ceux des Juifs par les Nazis, des Arméniens par les Turcs et des Tutsis par les Hutus.

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Le génocide des Juifs

Alors que vient d’avoir lieu la commémoration du 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, il est intéressant de noter que  l’enquête « Mémoires à venir » révèle que l’extermination des Juifs par les Nazis est considérée comme le fait le plus important de la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945).
Ce sont en effet 66% des personnes interrogées qui citent l’holocauste en premier lieu, tout juste devant l’utilisation de la bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki (65%) par les États-Unis au Japon (1945).

Les Français sont d’ailleurs les plus nombreux (88%) à désigner l’extermination des Juifs comme le fait le plus marquant de cette guerre, alors que les Allemands sont 73%, les Américains 60% et les Japonais 60% à le citer.

À noter cependant que 90% des personnes interrogées reconnaissent qu’il s’agit bien d’un génocide.

Des chiffres que le président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, David de Rothschild, qui ouvrait la présentation de l’enquête, a jugés « plutôt rassurants », confiant qu’il s’attendait « à plus d’indifférence ».

Le massacre des Arméniens

en Turquie

Commis par les Turcs en 1915, ce sont 77% des personnes questionnées qui le considèrent effectivement comme un génocide. Les Européens sont d’ailleurs 82% à le désigner comme tel et parmi eux, les Français sont une nouvelle fois les plus nombreux (93%), ainsi que les Grecs (90%). Les chiffres diminuent lorsque l’on demande l’avis des Britanniques (68%) et des Américains (64%).

En ce qui concerne la jeunesse turque, elle est la moins nombreuse à considérer le massacre des Arméniens comme un génocide. En effet, seuls 33% des turcs interrogés estiment pouvoir évoquer un génocide. Une donnée que le directeur de la Fondapol trouve « beaucoup plus encourageante qu’elle n’y paraît au premier abord ».

En effet, la notion de génocide n’est pas totalement rejetée par la jeunesse turque, puisqu’elle l’estime appropriée lorsque la question leur est posée sur l’extermination des Juifs – ils répondent oui à 81% – et des Tutsis (79%).

Le génocide des Tutsis

au Rwanda

Perpétré au Rwanda par les Hutus en 1994, l’enquête révèle que le massacre des Tutsis est bien désigné comme un génocide par 76% des personnes interrogées. Les Français restent là encore les plus nombreux à le reconnaître sous cette dénomination (94%), à l’image des Européens (82%). C’est en fait la jeunesse indienne qui paraît la moins disposée à parler de génocide concernant ce massacre (46%).

Autre donnée intéressante, contrairement aux Britanniques (75%), les Américains ne partagent pas autant cette dénomination de génocide (67%), de même que les Australiens (68%). « La jeunesse américaine est toujours en retrait sur la qualification (ndlr, de génocide)», constate Dominique Reynié,  « il  y a une forme de retrait à l’égard de ces réalités qui est passionnante à essayer d’expliquer ».

Véritable état des lieux de la mémoire, l’enquête « Mémoires à venir » démontre  par ailleurs « le triomphe de l’école qui a fait un travail absolument remarquable », remarque Dominique Reynié, qui relève qu’en France « le savoir a été partagé, retenu et compris ».

Emilie GOUGACHE

* Enquête réalisée par l’Institut Ipsos entre le 14 juillet et le 11 août 2014

Les résultats complets de l’enquête « Mémoires à venir »