« Pourquoi tant de haine » contre Israël ? Les dessous d’une accusation venue d’une Afrique du Sud pro-russe et pro-Hamas. Par Jean Corcos

Pour la Revue Civique, le chroniqueur Jean Corcos précise les raisons obscures qui ont poussé l’Afrique du Sud, auréolé des combats de Nelson Mandela, à mettre au pilori d’un autre Etat, démocratique et pluri-ethnique, Israël. Derrière l’odieuse accusation d’un prétendu « génocide » (des Palestiniens), évidemment démenti par les faits, il y a une stratégie géopolitique portée par les dirigeants de ce pays proche de la Russie de Poutine et en relations complaisantes – y compris de financement – avec l’organisation terroriste Hamas. Analyse des ressorts d’un procès qui a dupé plus d’un observateur naïf en France.

La plainte déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye, accusant Israël de « génocide » dans la Bande de Gaza, a eu un fort écho médiatique. Beaucoup a déjà été écrit sur le caractère grotesque de cette plainte. Il est vrai également que le premier Arrêt rendu par cette Cour, le 26 janvier, a été vu comme un moindre mal par les Israéliens : pas d’exigence de cessez-le-feu immédiat – ce qui, en creux, montre que l’hypothétique génocide n’est pas du tout réel – et cela, alors que cela avait été exigé contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine ; mais aussi admission de la recevabilité du recours de l’Afrique du Sud « au motif que ce pays avait exprimé dans les enceintes de l’Organisation des Nations Unies une interprétation différente de la convention sur le génocide de celle affirmée par Israël » ; lire à propos de ce premier Arrêt sur le site du CRIF l’analyse détaillée faite par Noëlle Lenoir, juriste et ancienne membre du Conseil Constitutionnel.

Mais a-t-on bien intégré l’impact terrible de cette simple suspicion soulevée par un pays dont on questionne rarement le bilan et la diplomatie, et qui reste, pour le grand public, auréolé de la longue lutte contre le défunt régime de l’apartheid ? Jay Mens est chercheur à Harvard, spécialiste du Proche-Orient. Dans une interview à « L’Express », voici ce qu’il dit : « Cette accusation est pernicieuse parce qu’elle vise à diffuser, puis canoniser par une décision juridique, l’idée que les juifs eux-mêmes sont en train de commettre un Holocauste. En d’autres termes, il s’agit de détruire ce qui, pour de très nombreuses personnes, est considéré comme un fondement essentiel du droit d’Israël à exister et du soutien politique de l’Occident à son endroit. (…) C’est une bombe atomique symbolique ». L’hypocrisie n’a pas étouffé les juristes sud-africains présentant leur acte d’accusation à La Haye, hommes comme femmes, blancs comme noirs ; dans leur plainte, ils n’ont pas mentionné les otages dont la libération a été heureusement réclamée par la Cour dans son arrêt du 26 janvier ; ils ont eu le culot de préciser dans leur conclusion que cette plainte visait seulement le gouvernement israélien et pas le peuple israélien ou le peuple juif  ; tout en sachant parfaitement qu’au-delà d’une équipe gouvernementale (en l’occurrence d’union nationale en la période de guerre), c’était une armée de conscrits et de réservistes qu’on accusait de pratiquer un génocide sur le terrain ; et que la nation israélienne risquait d’être marquée au fer rouge, boycottée et isolée, ce qui, comme les antisionistes radicaux ne se privent pas de le prédire, annoncerait sa mort à moyen terme.

Le « Sud global », ce concept pernicieux mis en avant par la diplomatie russe

Et c’est par cela qu’il faut commencer : pourquoi tant de haine ? Quelles sont les raisons qui ont poussé ce grand pays africain à réclamer la mise au pilori d’un autre Etat, avec lequel il n’a normalement aucun contentieux ? Commençons par un rappel. La Cour Internationale de Justice n’instruit que les plaintes présentées par des Etats membres de l’ONU ; l’Autorité Palestinienne n’est pas considérée comme tel et ne pouvait donc le faire ; mais cela n’empêchait pas un pays arabe, ayant ou non des relations avec Israël, de porter ce dossier et beaucoup ont dit d’ailleurs appuyer cette plainte. Dans ce même contexte, impossible aussi de porter plainte contre le Hamas, une organisation terroriste – la Cour s’est par ailleurs bien gardée de lui attribuer un tel qualificatif ; une organisation qui a bien un projet génocidaire, comme le démontrent à la fois sa charte, les massacres de masse commis le 7 octobre (et les déclarations de ses leaders depuis, proclamant l’objectif de détruire l’Etat d’Israël). Notons aussi que la CIJ s’est aussi déclarée compétente, en juillet 2022, pour juger les allégations de génocide à l’encontre de la minorité birmane des Rohingyas, accusations portées par la Gambie contre le Myanmar (Birmanie). Mais ce petit Etat africain avait au moins une qualité commune avec cette minorité : la religion musulmane, ce qui n’est pas du tout le cas de l’Afrique du Sud.

Quel est le discours des diplomates et juristes sud-africains pour justifier une telle agressivité ? Dans un article assez complaisant publié