La « dédiabolisation » du FN à l’épreuve des faits (interview de Jean Philippe Moinet, par Atlantico)

Le site Atlantico a interrogé Jean-Philippe Moinet (04/01/17) sur la présence réaffirmée d’éléments de l’extrême droite dure, dite « identitaire », au sein du parti de Marine Le Pen avec son aval, et sur la contradiction que cela reflète avec la stratégie dite de « dédiabolisation » affichée depuis plusieurs années par la candidate du FN à l’élection présidentielle.  Voici les éléments de réponse de Jean-Philippe Moinet, qui a été aussi Président de « l’Observatoire de l’extrémisme pour une vigilance républicaine ».

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« Les tensions actuelles qui traversent le FN, indique Jean-Philippe Moinet, montrent les limites de l’exercice de dédiabolisation et, à mon avis, nous n’en sommes qu’à un début : des explications vont avoir lieu, car l’approche des élections appelle nécessairement des clarifications ». Dans ce contexte, ajoute-il, et à partir des indices de rapprochement entre des « marinistes » (comme M. Briois) avec les durs des groupuscules « identitaires » évoqués par Atlantico notamment, il apparaît  » actuellement très important pour Marine Le Pen, à l’approche de la campagne de la présidentielle et alors que des signes de faiblesse sont clairement apparues dans la « famille », de donner des gages en interne, de montrer qu’elle reste bien l’héritière politique de Jean-Marie Le Pen et qu’elle ne laissera pas un espace trop large à sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen pour incarner l’orthodoxie lepéniste. Si elle avait d’ailleurs eu le moindre scrupule concernant les « durs » de l’extrême droite française, Marine Le Pen n’aurait jamais été à la direction du FN, elle n’aurait pas passé une si longue partie de sa vie dans le sillon politique de son père. Et si, une fois élue Présidente du FN, elle a instrumentalisé avec habileté la rupture avec Jean-Marie Le Pen, c’est bien pour des raisons tactiques, de marketing électoral d’abord : pour ratisser bien plus large que lui mais sans renier des fréquentations et mêmes des amitiés politiques, qui caractérisent encore ce parti comme un mouvement d’extrême droite parmi les plus importants mais aussi les plus durs d’Europe. »

Par ailleurs, relève-t-il dans cet interview, « l’exclu » Jean-Marie Le Pen ne l’est pas tant que cela : un accord a bien eu lien entre la fille et le père, pour que la structure de celui qui a été rétabli par la justice dans sa fonction de Président d’honneur du FN (suite à des irrégularités de formes dans la décision antérieure de l’exclure) participe (à hauteur de 6 millions d’euros) au financement directe de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Des tractations et des arrangements de famille (famille personnelle et famille politique de l’extrême droite) ont bien lieu.

► L’intégralité de l’interview de Jean-Philippe Moinet pour Atlantico

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