Le virus du négationnisme doit aussi être combattu par une Loi : F Encel, M Stasi, JP Moinet, P Klugmann, F Heilbronn…

La Revue Civique a été associée aux réflexions et au débat sur les dangers, très actuels, du négationnisme et de sa propagation. Vous avez ici le texte d’intervention de Jean-Philippe Moinet, chroniqueur pour divers médias, fondateur de La Revue Civique, qui participait à l’ouverture des 11èmes Assises nationales de lutte contre le négationnisme (organisées par le géopolitologue Frédéric Encel, avec la Licra, Conspiracy Watch et Paris School of Business), qui se tenaient cette année à l’Hôtel de Ville de Paris. Dans ce texte, vous avez aussi en vidéos, plusieurs personnalités ayant participé à cet événement et qui évoquent l’enjeu actuel du négationnisme – qui touche notamment le génocide arménien – sa viralité actuelle et la manière de le combattre. Une nouvelle Loi, pénalisant le génocide, a été réclamée par les participants, en particulier le Président de la Licra, Mario Stasi (cf en vidéo ci-dessous).

Ce débat est essentiel, et merci aux organisateurs de ces Assises de permettre de l’ouvrir. Car nous sommes dans le contexte d’une contagion planétaire, d’un sale virus, celui du complotisme notamment qui, en période de crise et parfois avec la complicité de dirigeants d’Etat, colporte, sur les réseaux dits sociaux notamment, les pires thèses, et charrie les pires comportements, où se déchaînent des haines, des pulsions de violence aussi.

Car le négationnisme, comme les diverses formes de complotisme qui le propagent derrière des masques, n’est pas un phénomène théorique, qui n’intéresseraient que de doctes historiens ou théoriciens de notre vie publique… Non, le négationnisme est malheureusement chose et menace très concrète, une agression qui meurtrie non seulement le passé mais attaque notre présent, et menace l’avenir: car, évidemment, nier les génocides d’hier, c’est faciliter les crimes d’aujourd’hui. Et quand des enragés nient les génocides, les mêmes fanatiques se retrouvent à vouloir, et parfois mener, des opérations criminelles.

Aux Assises nationales de lutte contre le négationnisme qu’il co-organise, le géo-politologue Frédéric Encel souligne, pour La #RevueCivique ici, l’enjeu très actuel du négationnisme: « un fléau » insiste-t-il « tant du point de vue moral que du point de vue géopolitique ».

Voyons la Turquie d’Erdogan aujourd’hui : terrible déchaînement de violences,  intérieures (ce régime emprisonne à tours de bras : des universitaires, des magistrats, des journalistes…) et d’agressions extérieures, les Kurdes, les Arméniens… Ce dictateur est un allié actif des négationnistes qui, un siècle après, continuent frénétiquement -maladivement – d’écraser la Mémoire de tout un peuple.

Et comme par hasard – mais c’en est évidemment pas un – le même verse dans l’islamisme flamboyant, et menaçant ; cherche à propager les forces d’un Islam politique, fait de soumissions. Situé aux antipodes d’un Islam des Lumières et de la Laïcité, dont la Turquie de Moustapha Kemal Ataturk portait pourtant la noble cause…

Et ne s’arrêtant pas là, l’obscurantisme d’Erdogan en vient à batailler contre la France, contre son Président de la République quand, après l’assassinat d’un courageux Professeur nommé Samuel Paty, notre pays met sur pied une Loi pour mieux endiguer le séparatisme islamiste… alors, préférant le prosélytisme de réseaux obscurs à la défense de la démocratie, le dirigeant turc attaque la France sur la scène internationale, déploie son énergie et ses réseaux, en Europe, au Proche Orient, en Méditerranée, pour activer des haines, potentiellement meurtrières.

Le Président de la Licra, Mario Stasi, explique ici la nécessité de « pénaliser » le négationnisme qui, comme le racisme et l’antisémitisme, n’est pas une opinion mais un délit. Il faut sortir le négationnisme du cadre juridique de la Loi de 1881 sur la Liberté de la presse pour en faire, par une nouvelle Loi argumente-t-il, un délit de droit commun, lourdement sanctionnable par les tribunaux.

On le voit, les mêmes qui se perdent dans un négationnisme maladif s’activent aujourd’hui dans, et contre nos démocraties, contre les idéaux de NOTRE République française. Vous avez peut-être vu cette « Une » et le dossier du Journal du Dimanche ?… Je vous en conseille la lecture. Les trois grands services de renseignements – DGSI, DGSE, Direction du renseignement de la Préfecture de Paris – convergent dans le recueil d’informations accablantes, et éclairantes sur l’activisme des réseaux turcs, sur notre territoire, dans nos quartiers. Devons-nous accepter ?

Evidemment Non. D’où l’importance, aujourd’hui, de ces Assises de lutte contre le négationnisme, auxquelles La Revue Civique que je dirige, s’honore de s’associer. Le sujet appelle la vigilance de tous de tous ceux et celles qui sont attachées aux Libertés les plus essentielles.

L’avocat Patrick Klugman évoque ici « le négationnisme virulent » qui touche le génocide arménien, « premier génocide du XXème siècle » rappelle-t-il: il dénonce « la propagande d’Etat, relayée par des groupes qui ont des réseaux en Europe, en France, que l’on trouve du côté de la Turquie ». « C’est de la géopolitique associée au pire ».

Le sujet est d’actualité même si le combat, contre l’oubli forcé, vient de loin, remonte à loin, et nous emmène loin. J’ai eu le plaisir et l’honneur de bien connaître personnellement deux très grandes personnalités, deux porteurs de la Mémoire historique dont j’ai été proche, qui ne sont malheureusement plus là pour eux-mêmes témoigner : il s’agit d’Elie Wiesel et de Simone Veil.

Leur voix manquent, comme celles de tous les rescapés des camps de l’horreur absolue, pour dire l’indignité de la négation du Crime contre l’Humanité, et alerter contre les dangers que représentent actuellement une telle négation. Il est bien sûr impossible d’être à leur hauteur, au dizième de ce qu’ils ont été de courage, de force, de force de résilience aussi. Mais justement, il est d’autant plus important, en mémoire de ce qu’ils ont été, et de ce qu’ils ont enduré en insultes négationnistes aussi, oui, il nous est d’autant plus UN GRAND DEVOIR, de mobiliser notre énergie d’aujourd’hui, individuelle de chacun, collective et civique pour tous comme nous le permet cet événement, pour dire Non.

Vice-Président du Mémorial de la Shoah, François Heilbronn explique ici à La Revue Civique pourquoi ce Mémorial a intégré dans son action le sujet du génocide arménien. « Il permet de comprendre les processus génocidaires (…) L’enseignement autour du génocide arménien est exemplaire ».

Non, ne faisons pas subir aux victimes d’hier, une seconde mort en laissant prospérer le négationnisme. Oui, faisons sans relâche ce travail de défense et de promotion de la Mémoire, en une période qui facilite tant l’amnésie collective, menons ensemble ce combat pour l’avenir et les plus jeunes.

L’avocat Vincent Nioré, vice-Bâtonnier du Barreau de Paris, souligne l’une des caractéristiques du négationnisme d’Etat : il cherche à « dissimuler le crime », il essaie d’effacer les traces du crime, comme peut le faire l’auteur d’un crime de sang. Un objectif épouvantable que les historiens, comme toutes les consciences qui veulent éclairer la réalité (historique et actuelle), combattent naturellement.

Merci à Frédéric Encel pour sa détermination, sans faille depuis 11 ans avec ces Assises nationales, à agir efficacement aussi en ce domaine. Merci à la Licra et tous ceux qui se sont associés à cette convergence républicaine, à l’Hôtel-de-Ville de Paris, merci de nous inviter à honorer les grands combattants de l’Histoire.

Jean-Philippe MOINET, auteur, chroniqueur, intervenant en analyse et débats pour divers médias, est fondateur de La Revue Civique. Ancien grand reporter dans un grand quotidien, il a aussi été le Président de l’Observatoire de l’extrémisme.

(09/02/21)

Les Assises de lutte contre le négationnisme ont été clôturées par le « Grand témoin », Marek Halter (ici entre Frédéric Encel, à droite, et le professeur Hugo Billard, modérateur des tables rondes).