Ces surprises qui ont déjoué toutes les élections présidentielles : « La dernière marche » (le livre de Chantal Didier)

Philippe Foussier nous présente ici le livre de Chantal Didier, « La dernière marche » (Alisio; 2020, 216 p), l’histoire des présidentiables présentés comme favoris, et pourtant mis en échec. Les surprises ont déjoué les scénarios les plus élaborés.

Comment, tout en étant favori, rater la présidentielle ? C’est à cette question, qui alimente régulièrement la chronique des élections présidentielles, que répond la journaliste parlementaire Chantal Didier.

Favori des sondages ou champion incontesté, donné gagnant quel que soit le scénario, on compte nombre de ces candidats qui, à l’approche de la dernière marche, trébuchent et loupent l’Elysée. Chantal Didier ne s’est pas seulement intéressée à ceux qui ont terminé deuxième ou troisième mais aussi à ceux que tous les indices donnaient gagnants et qui ont été empêchés, pour des raisons diverses, de se présenter. Dans cette catégorie, on peut compter Delors, Juppé, Strauss-Kahn ou encore Rocard.

Plus on s’éloigne de la fondation de la Vème République, plus il est difficile d’anticiper le résultat final de l’élection présidentielle ».

Difficile de tirer des enseignements généraux de ces « loupés » car les situations, les personnalités, les paramètres de la concurrence ou, plus récemment les primaires, viennent déjouer les scénarios les plus argumentés, ceux qu’une certaine presse aime bâtir parfois plusieurs années à l’avance. A l’évidence, plus on s’éloigne de la fondation de la Ve République et de sa première élection présidentielle au suffrage universel, en 1965, et plus il est difficile d’anticiper le résultat final. Barre ou Rocard étaient annoncés comme les meilleurs pour concourir en 1988, Delors puis Balladur donnés gagnants en 1995, Strauss-Kahn en 2012, Juppé puis Fillon en 2017…

Désormais, s’aventurer à des pronostics s’avère périlleux. Qui, au printemps 2016, donnait Macron vainqueur un an plus tard ? Au-delà donc de ces caractéristiques générales, ce livre vaut pour les analyses précises de ces échecs et les révélations accordées par certains acteurs de premier ou de second plan pour les expliquer. Parmi les concernés, seul Balladur a accepté de revenir sur sa chute, ce qui en dit long, aussi, sur le refus de tous les autres… C’est peu dire qu’il règle ses comptes avec le camp chiraquien à défaut de se livrer à une autocritique sérieuse.

On ne sera pas surpris non plus de lire les coups assénés par Sarkozy à Fillon, avec probablement un acte fondateur. En 2014, ce dernier rencontre Jean-Pierre Jouyet, son ancien ministre nommé Secrétaire général de l’Elysée par François Hollande, et lui demande d’accélérer les poursuites judiciaires contre Sarkozy. On devine que celui-ci ne pardonnera pas.

Chantal Didier revient aussi sur le « choc » du 21 avril 2002. Yves Colmou, conseiller de Michel Rocard puis de Lionel Jospin, dresse un bilan de cette séquence qui ne fait pas l’économie des erreurs accumulées par le candidat et son entourage. De l’inversion du calendrier électoral décidée en 2000, une idée soufflée par Giscard, à l’incompréhensible minoration de l’échec cuisant de la gauche aux municipales de 2001 masqué par quelques conquêtes trompeuses (Paris et Lyon) en passant par les parrainages offerts, à quelques jours de la date limite, au candidat trotskyste Besancenot supposé neutraliser Laguiller et qui récoltera sur son nom 1,2 million de suffrages et 4,2% des exprimés, c’est peu dire que certains handicaps ont été créés par le candidat lui-même ou son premier cercle.

Le 1er tour de la présidentielle de 2017.

Sur la présidentielle de 2007 aussi et la manière dont Ségolène Royal a été entrainée vers la défaite, Chantal Didier relate quelques épisodes, dont celui qui voit Michel Rocard lui proposer à l‘avant-veille du dépôt officiel des candidatures de se substituer à elle avec cet argument: « Depuis des années, j’ai les sondages. C’est moi le plus populaire ! ». L’une et l’autre verront leur ambition défaite.

Nul doute que la présidentielle de 2022 nous apportera aussi son lot de surprises et de scénarios démentis par les faits.

Philippe FOUSSIER

(20/05/20)

L’auteure, Chantal Didier, a présidé l’association de la presse ministérielle.
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