Au-delà de l’état d’urgence, les actions anti-terroristes en perspective (JP Moinet sur France 24)

Pour le fondateur de la Revue Civique, Jean-Philippe Moinet, interrogé à trois reprises par France 24 (cf les vidéos YouTube ci-dessous) sur l’état d’urgence et l’actualité du terrorisme après l’attentat de Nice, celui de Saint Etienne du Rouvray, et après la polémique sur le burkini, « un double piège », tendu par les terroristes djihadistes et Daesch est à éviter :

-celui de la « spectacularisation de leurs actes », qui conduit à une réflexion sur la responsabilité des médias, en de telles circonstances, pour ne pas pousser « l’effet de loupe médiatique » à ce qui ressemblerait à une publicité, indirecte, fondée sur l’émotionnel et le morbide, conduisant à finalement valoriser l’acte terroriste.

-celui de la division nationale, qu’elle soit d’ordre politique (quand les polémiques personnelles ou politiciennes prennent le dessus sur le débat légitime et la gravité du sujet), ou d’ordre sociétal (quand des tensions ou violences risquent de s’aviver dangereusement, sur la base des origines ou des croyances, réelles ou prétendues, des citoyens).

Face au terrorisme, le pire et le risque sont aussi, selon lui, de « jouer sur l’irrationnel », « l’exploitation des peurs et des émotions » (cela concerne, consciemment ou non, les politiques mais aussi les médias), « la gesticulation, la précipitation, les postures démagogiques », toutes dérives qui servent les auteurs d’actes terroristes.

La lutte contre le terrorisme repose sur des textes (état d’urgence, mais aussi les lois permanentes, qui peuvent légitimement être renforcées) mais aussi, et peut-être surtout, poursuit-il, sur des actions concrètes en matière de sécurité publique. En ce domaine, estime-t-il, la responsabilité publique exigerait pour tout acteur politique de dire :

– Que le risque zéro n’existe pas : acune société, notamment nos sociétés démocratiques, ne pourront mettre un policier ou un soldat derrière chaque citoyen

– Que l’action doit redoubler, dans au moins trois directions :

    • Le volet préventif : qui passe par le renseignement : l’enjeu est celui du renforcement des moyens (humains et techniques) et de la coordination (qu’elle soit nationale,  européenne et mondiale, entre les alliés démocratiques notamment).
    • Le volet répressif : qui passe par le renforcement des forces de sécurité, police et armée (renforcement en cours, en France, mais sans doute à accélérer) et de l’arsenal juridique. Cela passe des efforts budgétaires et, là  encore, par l’enjeu de la coopération active, par exemple entre services de police, entre police et Armée,, entre police nationale et polices municipales, etc…
    • Le volet et le potentiel « citoyen » : qu’il s’agisse du dispositif des réservistes (par exemple de l’Armée, organisé par le Ministère de la Défense), ou de dispositifs de sécurité civile à imaginer ou à développer, avec l’apport de volontaires ; par exemple dans le domaine de la prévention d’actes terroristes ou du secourisme. Pour Jean-Philippe Moinet, un chantier national de sécurité civile citoyenne peut conforter les forces de sécurité professionnelles – le « noyau dur » – notamment via les localités et les écoles. La société civile, un « cercle citoyen », est concernée, et doit aussi s’organiser.

Selon lui, alors que de nombreux pays ont connu le terrorisme depuis 10, 15 ou 20 ans (au Proche Orient, en Afrique, en Amérique, et même en Europe ; cf les attentats de Madrid et de Londres), la France et les Français ont découvert en janvier 2015, et à deux autres reprises tragiques ensuite, l’ampleur des menaces du terrorisme djihadiste sur leur territoire.  Le terrorisme pouvant malheureusement, avec peu de moyens, agissant avec lâcheté masqué et par surprise, faire beaucoup de dégâts. « Il va falloir sans doute vivre avec la menace terroriste », relève-t-il, et une « culture de la lutte anti-terroriste » doit en découler : hors gesticulation et en esprit de responsabilité de tous, cette culture concerne d’abord les professionnels de la sécurité mais aussi bien sûr les politiques, les acteurs de la société civile, les médias, et les citoyens. Qui ont aussi des rôles à jouer, à leur niveau, très importants mis bout-à-bout, pour faire en sorte que la société démocratique soit confortée et protégée, malgré les épreuves et les menaces qui pèsent sur elle.

Jean-Philippe Moinet a également réagit (le 26/08/16) à l’arrêté anti-burkini de la mairie de Villeneuve-Loubet suspendu par le Conseil d’Etat. Au-delà de la polémique, le fondateur de l’Observatoire de l’Extrémisme a tenu à rappeler « qu’aujourd’hui, il faut faire en sorte que la démocratie française reste sereine, calme, et que les principes de la République soient affirmés, voire ré-affirmé, et que les dérives démagogiques soient limitées ». Pour Jean-Philippe Moinet, « la question qui divise est quels sont les contours de la laïcité ». Parmi les conséquences de ces évènements, la récupération politique est aussi pointée du doigt par le fondateur de la Revue Civique : « Dans une démocratie, il y a deux types de comportements pour les politiques : il y a ceux qui sont dans l’instrumentalisation des peurs, l’exploitation des peurs et des tensions, et, ceux qui ont une volonté d’apaiser les tensions et d’évoquer ces questions sensibles avec calme et sérénité, sans forcément tomber dans des naïvetés. Il y a une alliance objective entre les islamistes radicaux, en l’occurrence Daesh qui a tué de nombreuses personnes sur notre territoire et qui cherche à créer des fractures, et des alliés objectifs qui utilisent ces tensions pour essayer de ramener les peurs vers eux ».

 

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