8 Mai, la (vraie) guerre: le Covid ne doit pas rendre la France amnésique et faible (par JP Moinet)

Porter le Souvenir, un 8 Mai, même en un confortable confinement, ne pas oublier. L’Europe était alors en guerre, bien réelle celle-là: ravagée, mutilée comme jamais, plus de 60 millions de morts, un bilan atroce, inégalé dans l’ampleur meurtrière, un continent saigné, enfin libéré du nazisme après cinq années de souffrances, toutes épouvantables, certaines inimaginables.

Jusqu’à la libération des camps de la mort, où le monde découvrit l’horreur absolue. Au cœur de la tragédie guerrière: la destruction organisée de millions d’hommes, femmes, enfants, assassinés parce que nés Juifs, dans une destruction à échelle et à procédés industriels.
8 Mai 1945, le cauchemar en Europe était terminé, l’Allemagne nazie capitulait après une longue et meurtrière triple offensive, de la Russie soviétique à l’Est, des alliés américains, canadiens, britanniques à l’Ouest, de notre « Armée d’Afrique » au Sud.

Heureusement, une poignée d’hommes ont sauvé l’honneur français, pendant qu’une immense majorité se vautrait dans une soumission intranquille ».

Une joie pouvait éclater ce jour là autour de notre Arc de Triomphe, même si la France avait, pendant cinq ans, sombré dans la faiblesse et la honte de la Collaboration. Heureusement, une poignée d’hommes avaient, dés Juin 40, sauvé l’honneur français, en préparant et organisant la Résistance. Pendant qu’une immense majorité se vautrait, dans une soumission intranquille.

C’est l’Histoire. Notre pays, notre Continent furent grands de se relever. Sur des ruines de pierres, un océan de cendres et de larmes. Qui allaient faire naître un rêve, une Europe enfin réunie et apaisée durablement, l’Union Européenne. Qu’il faut protéger, aujourd’hui encore et toujours, de ses vieux et redoutables démons.

Oui, sachons porter le Souvenir pour l’avenir, dans une France, protégé par un Etat « hyper-Providence », qui reste singulièrement pour partie protestataire dans le confort d’un confinement. Demain, dans les dégâts d’une crise économique et sociale annoncée, va-t-elle subir un « écroulement », autant moral que matériel ? Va-t-elle la France avoir les forces de caractère qu’appellent les temps difficiles, ou se laisser aller, se laisser bercer et abuser par les sirènes démagogiques d’un national-populisme qui attend les déboires, sociaux et nationaux, avec délectation ?

A l’avenir, les solidaires et les civiques devront batailler contre ceux/celle qui font de la méfiance et de la défiance un terrain de jeu visant à faire prospérer leurs idéologies mortifères, et à accéder au pouvoir »

Nul ne peut prédire l’avenir. Mais les temps incertains qui s’annoncent dans le fameux #MondedAprès mettront rudement à l’épreuve les ressources, françaises et européennes. Où les élans de solidarité et besoins d’unité vont devoir affronter les réflexes identitaires, parfois les pires. Les solidaires et les civiques devront batailler contre ceux qui font de la méfiance et de la défiance un terrain de jeu visant à faire prospérer leurs idéologies mortifères. Celles qui abaissent, qui ruinent, qui font, en matière d’humanité, de terribles ravages.

Que les leçons du 8 Mai pénètrent, rien qu’un peu, les esprits confinés qui sont prêts à se livrer aux faiseurs de « colères » ou de haines, aux démagogues talentueux et aux extrémistes doués, qui trouvent toujours des masques « populaires » pour exploiter les peurs et les pulsions pour, un jour, un mauvais soir, conquérir le pouvoir.

Le temps est donc (déjà) venu, d’être très vigilants.

Jean-Philippe MOINET, chroniqueur, fondateur de La Revue Civique (a été aussi Président de l’Observatoire de l’extrémisme).

8 mai 2020. Pas de cérémonies publiques, pour cause de confinement.
Mais une mémoire vive à transmettre, même -surtout- en période de crise.

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