« 2 mois ferme », et pas de temps perdu pour #LApres: le livre de Jean Brousse

Editeur, économiste, sociologue, relieur de démocrates et républicains ardents, Jean Brousse est un proche ami de La Revue Civique. Certains ont été oisifs pendant le confinement. Lui, il a été actif, joyeusement goguenard et vif avec sa plume: dans « Deux ans ferme » (éditions Cent Mille Milliards), il livre des chroniques au style acéré, souvent drôles et parfois piquantes (pour les pouvoirs), une manière savoureuse de traverser cette période et d’amener le lecteur-citoyen au #SeReinventer, qui concerne tous les étages de notre démocratie. Quelques extraits ici, pour mettre en appétit.

« Deux mois ferme pour écouter le silence, observer les mille réactions bariolées de nos contemporains, apprécier une paix apparente, trompeuse, bien fragile, aimer ceux qu’on aime, faire la queue, goûter chaque instant d’un printemps inédit, entre cent tweets de Donald Trump, une indigestion d’information en continu, la pavane des experts, l’évolution hypnotiques des courbes mystérieuses, et le sentiment bizarre d’petre étrangement ‘dirigés’. Otages d’une drôle de bestiole venue de nulle part. Et le charme envoûtant du temps qui s’arrête ».

« Le bruit assourdissant du silence »

« Ambiance d’exode ou d’occupation. Des queues muettes, inquiètes, soupçonneuses et dociles, s’allongent devant les épiceries (…) Cataclop, cataclop… Deux argousins républicains promènent leurs chevaux dans les vieilles rues du Faubourd Saint-Germain. Du crottin pour les géraniums des balcons. On repère le chant des oiseaux, le croassements des corneilles dans les campagne, le rire des mouettes dans Paris. On espère un coup de vent pour finir d’emporter les particules fines. Le ciel est partout bleu acier, vierge. Insupportable. Les eaux de Venise retrouvent leur limpidité. Une abeille vient se perdre dans les rideaux. »

« BFM se régale »

« L’événement fait sa production. La réalité dépasse l’imagination des scénaristes de fictions. Sur les plateaux de télévision, l’ensemble, ou presque, des médecins français défile, du généraliste cathodique au médecin de ville débordé, de l’académicien de médecine aux ‘grands’ professeurs. Tout ce que les hôpitaux , les universités et les instituts de recherche comptent d’infectiologues, de virologues, de respirologues, d’urgentologues et de microbiologistes labellisés confirment à un public abasourdi qu’ils ne connaissent rien de cet ennemi, et ne savent pas comment le traiter ».

« Viens à notre secours, Michel de Montaigne, qui disait : ‘Mieux vaut pencher vers le doute que vers l’assurance’. Et Pascal: ‘Peu de gens parlent du doute en doutant’ « .

« La polémique, art consommé de nos contemporains »

« Les complotistes s’en donnent à coeur joie: un virus, en 2020, ‘ça ne peut pas venir de nulle part’. C’est un coup de la CIA, ou du Mossad, une chinoiserie, une punition divine contre tous les péchés de l’humanité, autant de fariboles relayées par dizaine de millions sur des réseaux sociaux de moins en moins sociaux ».

« Finalement, Roselyne Bachelot, vilipendée autrefois, est réhabilitée. Chroroquine ou pas chloroquine. Un savant reconnu, certifié mais marseillais, contesté par des mandarins parisiens, persiste et assume sa responsabilité. Il aura la Légion d’Honneur, ou on le pendra sur la Canebière ».

« Tous geeks ! »

« Nos doigts enflent et nos yeux rougissent devant les claviers, les écrans et les télécommandes. Nous aurons, grâce au virus, tous appris à lélécharger, commander à distance, à télé-payer, télé-consulter, télé-travailler, télé-voyager, télé-draguer la voisine d’en face, télé-rire ou télé-pleurer… Nous sommes passés en trois clics du tout mobilité de nos ancêtres, il y a quelques semaines, au télé-tout ».

« Joyeuses Pâques ! »

« Lundi 13 avril (…) La France attend le verdict. Ce soir, le Président révèlera à quelle sauce nous serons à nouveau confiné (…) le flamboyant réformateur déclare en conscience: ‘Il est de notre responsabilité de bâtir dés aujourd’hui des solidarités et des coopérations nouvelles’ (…) Nous sommes vulnérables, nous l’avions sans doute oublié. Ne cherchons pas tout de suite à y trouver la confirmation de ce en quoi nous avions toujours cru. Non. Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier ‘. Chiche ! Bas les masques. »

Sur un pile de livres, au bureau de La Revue Civique.

Résiste

« Tant de libertés pour si peu de bonheur / Est-ce que ça vaut la peine ? / Si on veut t’amener à renier tes erreurs / C’est pas pour ça qu’on t’aime, non / Si tu réalises que l’amour n’est pas là / Que le soir tu te couches / Sans aucune rêve en toi / Résiste

Prouve que tu existe / Cherche ton bonheur partout, va / Refuse ce monde égoïste / Yeah… » Michel Berger pour France Gall.

En sortir

« Après tout : ‘Le monde a commencé sans l’homme, et s’achèvera (peut-être ? NDLR) dans lui ‘. Qu’ne sortira-t-il, puisque nous en sortirons ? Pouvons-nous compter sur la sagesse des hommes et des sociétés – condamnés pendant cinquante cinq jours à une sérieuse introspection – pour en tirer les bonnes leçons d’une telle alerte ? »

Et maintenant ?

« Acceptons enfin que les citoyens, chacun dans son rôle, puissent faire preuve de responsabilité, et donnons-leur les moyens de l’exercer. On y trouverait du calme, de l’efficacité et de la confiance… réciproque. Sortons de trop de ‘verticalité’. Une certaine idée de la démocratie pourrait gagner à une décentralisation mieux comprise. »

« Re-chiche. Le méchant micro-organisme ne peut affaiblir Jupiter. Que les constats de ces quelques semaines ne s’évanouissent pas comme se sont perdues l’année dernière les millions de doléances répertoriées du grand débat. Comme disait ma grand-mère, ‘l’escalier se balaye par le haut’ « .

(15/06/20)

« Deux mois ferme », Jean Brousse : 110 pages, 10 € (aux éditions « Cent Mille Milliards »)

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