LFI et RN ne sont pas identiques mais ils ont de grosses similitudes et de dangereux penchants communs. Ils s’affrontent (radicalement, parfois avec violence dans des combats de rue d’un autre âge) mais sont liés dans une redoutable alliance objective, qui vise à fracturer dans leur étau toutes les diversités idéologiques et les oppositions qui s’expriment contre ces deux extrêmes au sein de l’arc républicain : « l’UMPS » tempêtaient Le Pen père et, dans sa roue, sa fille, rejoints dans la même veine par Jean-Luc Mélenchon, qui fait tout pour brutaliser la vie politique, en ciblant depuis des années les socialistes qui (pour certains) veulent résister à l’emprise des Insoumis.
Ce n’est pas seulement une question de jeu politique, qu’on a vu de vive actualité aux dernières élections municipales. C’est une affaire de principes, en l’occurrence républicains, ces principes qui ont fait – au-delà de toutes les différences partisanes et des alternances – le socle de la République française depuis la seconde guerre mondiale. Fait grave LFI comme le RN (ou Reconquête, qui l’affiche moins hypocritement que le RN) cherchent identiquement à segmenter et à opposer les Français, à partir d’un même prisme, dît « identitaire » dans un euphémisme depuis des années, une approche racialiste plus ou moins affichée qui renvoie dangereusement les citoyens aux origines ethniques ou aux appartenances religieuses, réelles ou supposées d’ailleurs : LFI ne fait pas mystère de surexploiter, avec cynisme, un sentiment d’appartenance communautaire (en l’occurrence celui d’une population issue de l’immigration maghrébine et musulmane, instrumentalisée à partir des conflits du Proche-Orient), comme l’extrême droite cherche à canaliser les peurs « identitaires » « d’en face » : c’est toute l’ambiguïté côté RN de « l’identité nationale », notion dont l’instrumentalisation électoraliste remonte à Jean-Marie Le Pen, au « mauvais génie » Patrick Buisson, puis à Reconquête de Zemmour et à une bonne partie du RN, version Marion Maréchal-Le Pen, Jordan Bardella et autres militants sulfureux « identitaires » qui ne font pas mystère de leur promotion subliminale, celle d’une vision suprémaciste de la société et d’une vision haineuse en vogue dans toutes les extrêmes droites (l’Afd allemande en tête) d’une Europe blanche !
Les grands acquis républicains (qui protègent les Français, quelles que soient leurs origines ou religions, réelles ou supposées) sont menacés par les deux pôles extrêmes, qui propagent un antisémitisme et un racisme devenus d’atmosphère. Ces acquis républicains ne sont pas des « points de détails » mais un point clé du pacte démocratique qu’il s’agit aujourd’hui de défendre: à la fois contre les assauts de LFI et du RN (ou Reconquête) qui ont d’inquiétantes similitudes.
Ces visions éthnico-religieuses de la politique, d’un cynisme absolu et qui propagent la peste de racisme et de l’antisémitisme devenus malheureusement d’atmosphère, sont clairement aux antipodes de la conception républicaine de la citoyenneté française, dont toute l’histoire s’est forgée autour de l’idée (devenue précieuse bien commun à défendre en France) que chaque citoyen doit échapper à toute assignation à origines, notre citoyenneté française se définissant « sans distinction de race ou de religion », comme l’énonce l’article 1er la Constitution de la République française (Constitution que le RN comme LFI veulent renverser). Ce grand acquis républicain, qui honore la France et qui protège tout Français des menaces d’une sélection d’ordre racialiste ou religieuse – c’est aussi la grande protection qu’offre la Laïcité et la liberté de conscience, constitutionnellement garantie – cet acquis là n’est pas « un point de détail » de l’histoire et de la réalité française. Il représente un point clé qu’il s’agit désormais de défendre, précisément face aux assauts des deux extrêmes qui ne cessent de « communautariser » le débat public, d’enfermer les individus dans un insupportable carcan « identitaire » d’origine, uniforme, archaïque et dangereux.
D’autres correspondances complices entre les deux extrémismes, LFI et RN, s’observent aisément par ailleurs (quand on veut bien prendre le temps de les analyser) dans leur rapport à la démocratie libérale, au pluralisme politique et sociétal, au respect ou plutôt l’irrespect de l’Etat de Droit, à l’indépendance de la Justice et des médias, leur rapport aux régimes autoritaires, voire totalitaires. Pas étonnant de voir, dans les enceintes du Parlement européen ou ailleurs, LFI et le RN pilonner régulièrement, ensemble ou séparément, les valeurs de l’Union européenne et apprécier les dictatures qui la menacent comme la Russie de Poutine, en refusant par exemple les aides qui permettent à l’Ukraine de résister depuis plus de quatre ans face à l’agresseur.
Singulière et commune fascination LFI-RN pour des dictatures du Moyen-Orient aussi qui a, par exemple, fait venir à Damas des délégations du RN flatter et légitimer l’un des pires dictateurs, le dirigeant syrien Bachar El Assad (aujourd’hui réfugié… à Moscou; ce n’est pas un hasard), Jean-Luc Mélenchon basculant pour sa part dans l’apologie des leaders les plus douteux du soi-disant « Sud global », notamment au Vénezuela chaviste qui a produit aussi une authentique dictature, pays devenu lui-même l’allié de… la Russie, de l’Iran et de la Chine communiste qui enferme en silence tous ses opposants. Cela n’est bien sûr pas du tout un hasard quand l’une des plus proches de Jean-Luc Mélenchon, la leader parisienne de LFI Sophia Chikirou, déclare sans honte à l’occasion des élections municipale que, non, « la Chine n’est pas une dictature »…

En 2026 et 2027, l’enjeu majeur sera donc de savoir si la clairvoyance – sur les liaisons dangereuses propres et communes à ces deux pôles extrêmes LFI et RN – va ou non l’emporter sur les aveuglements, parfois naïfs et désarmants, d’électeurs qui se laissent embarquer par les démagogies populistes et les raccourcis faciles
La brutalisation des valeurs démocratiques et des principes républicains est donc bien commune aux deux extrêmes, qui ont fini par peser démesurément, idéologiquement et électoralement en France, en tout cas à en croire les sondages. L’enjeu, en 2026 et dans les mois de 2027 qui suivront, sera donc de savoir si la clairvoyance – sur les liaisons dangereuses propres à ces deux pôles extrêmes qui ne peuvent être considérés comme des courants ordinaires – va ou non l’emporter sur les aveuglements, parfois naïfs et souvent désarmants, d’électeurs qui se laissent embarquer par les démagogies populistes et les raccourcis faciles.
L’enjeu majeur sera de savoir si les authentiques républicains et démocrates, dans un monde numérique et géopolitique troublant et perturbé, auront suffisamment d’ardeur et de forces pédagogiques pour, dans leurs légitimes différences, et malgré toutes les raisons de protester en France, contrer avec efficacité les activistes professionnels des indignations national-populistes qui, en nombre, peuvent finir par saper le socle de l’édifice démocratique et républicain français. L’heure approche où les défaillances ne seront plus permises. Sauf à accepter un grand naufrage français.
Jean-Philippe MOINET, auteur, fondateur de la Revue Civique (a été Président de l’Observatoire de l’extrémisme pour une vigilance républicaine).
(18/03/2026)










